50 jours en Suisse, un retour reporté au dernier moment : le mystère Biya s'épaissit à mesure que la présidence tente de le dissiper

Ce 27 juillet 2026 marque le 50e jour d'absence de Paul Biya du territoire camerounais — un record absolu. Un retour semblait imminent, les préparatifs avaient été engagés. Puis le départ a été annulé. Jeune Afrique révèle les coulisses...
Ce 27 juillet 2026 marque le 50e jour d'absence de Paul Biya du territoire camerounais — un record absolu. Un retour semblait imminent, les préparatifs avaient été engagés. Puis le départ a été annulé. Jeune Afrique révèle les coulisses d'une présidence qui gère à distance une crise de communication qu'elle n'arrive pas à éteindre. Cinquante jours. Ce 27 juillet 2026, Paul Biya bat son propre record d'absence hors du territoire camerounais. Cinquante jours depuis que le président de 93 ans a quitté Yaoundé le 7 juin pour ce qui avait été présenté comme un « court séjour privé en Europe ». Cinquante jours sans apparition publique, sans déclaration personnelle filmée, sans image récente rendue publique. Et cinquante jours au cours desquels la présidence camerounaise n'a cessé de répéter que tout va bien — sans convaincre. Un retour annoncé, puis annulé : la séquence qui a tout aggravé C'est Jeune Afrique qui révèle le détail le plus troublant de ces derniers jours : tout semblait indiquer un retour imminent de Paul Biya à Yaoundé. La présidence avait engagé les préparatifs habituels — dispositif sécuritaire, organisation logistique, coordination des équipes. Plusieurs membres de la délégation se tenaient prêts à quitter la Suisse. Et puis, au dernier moment, le départ a été reporté. Sans explication officielle. Sans calendrier de substitution communiqué. Cette séquence — préparatifs, annonce implicite, report inexpliqué — est la pire qui soit en termes de communication de crise. Elle valide précisément les inquiétudes que la présidence s'efforce de réfuter : si le retour était prévu et a été annulé, c'est que quelque chose a changé dans les dernières heures. Et cette chose, personne ne l'explique. Dans le vide informatif ainsi créé, les rumeurs — y compris les plus extrêmes, certains évoquant selon Jeune Afrique « la disparition » du chef de l'État — se sont répandues à une vitesse que la présidence n'a pas su anticiper. Samuel Mvondo Ayolo en première ligne : une défense musclée mais insuffisante Face à cette tempête, c'est Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil de la présidence, qui s'est retrouvé en première ligne. Contacté par Jeune Afrique, il a multiplié les assurances : Paul Biya est en « très bonne santé », « n'a jamais été hospitalisé », a récemment invité ses proches « à déjeuner dans un restaurant d'Évian ». Il a signé des décrets le 22 juillet. Il « travaille actuellement sur plusieurs dossiers ». Et dans une formule qui deviendra certainement mémorable dans les annales de la communication politique camerounaise : « Vous pensez que nous serions irresponsables au point de cacher le décès du chef de l'État ? » Mais Mvondo Ayolo dément aussi, au passage, l'information selon laquelle Paul Biya aurait été admis dans une clinique privée suisse après le malaise survenu lors de la réception du 20 mai au palais présidentiel — information que Jeune Afrique révèle et que la présidence qualifie de fausse. Un démenti qui, dans la mécanique de la rumeur, ne fait que confirmer aux yeux de nombreux observateurs que la question médicale est bien le cœur du problème. La délégation camerounaise à Genève : qui est où Ce que Jeune Afrique révèle en détail sur la composition et les mouvements de la délégation camerounaise à Genève est en soi révélateur. La première dame Chantal Biya, qui loge à Genève, s'est brièvement rendue à Paris avant de s'envoler pour les États-Unis où elle a assisté le 19 juillet à la finale de la Coupe du monde — Argentine contre Espagne. Brenda Biya, la fille du président, a quitté l'hôtel InterContinental de Genève pour son propre appartement en terres helvètes. Franck Biya, le fils, se rend régulièrement à Genève entre autres déplacements européens. Le colonel Dieudonné Evina Ndo, numéro deux de la Direction de la sécurité présidentielle, a été reçu par Paul Biya. Cette cartographie des mouvements dessine l'image d'une délégation qui s'est progressivement installée dans la durée — et qui a commencé à organiser son quotidien genevois non plus comme un séjour temporaire mais comme une résidence de facto. Brenda Biya a son propre appartement. Chantal Biya voyage de Genève vers Paris et New York. Cette sédentarisation progressive de l'entourage présidentiel en Suisse est peut-être le signal le plus éloquent sur la durée anticipée — mais non communiquée — du séjour. Pendant ce temps, à Yaoundé, Jeune Afrique révèle que Ferdinand Ngoh Ngoh gère les affaires courantes depuis la capitale camerounaise — suivant en particulier deux dossiers sensibles : l'enquête sur le trafic illicite d'or et celle sur l'affaire du faux décret de nomination d'un vice-président. Samuel Mvondo Ayolo assure une liaison permanente entre Genève et Yaoundé. Des rapports confidentiels de la DGRE ont été transmis au président ces derniers jours. Ce dispositif de gouvernance à distance fonctionne — techniquement. Mais il ne répond pas à la question politique fondamentale que cinquante jours d'absence ont rendue incontournable : jusqu'à quand ? Et pour quoi ?
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