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À quatre mains Les démocrates peuvent-ils battre Trump ?

À quatre mains Les démocrates peuvent-ils battre Trump ?

Les élections de mi-mandat aux États-Unis auront lieu dans moins de quatre mois... et, à l’évidence, ça inquiète Donald Trump. Il a déploré les « vulnérabilités » du système électoral lors d’un discours à la nation la semaine dernière. La démocratie américaine est-elle menacée ? Les démocrates pourront-ils reprendre le contrôle du Congrès américain ? Nos chroniqueurs Alexandre Sirois et Vincent Brousseau-Pouliot en débattent.

Les élections de mi-mandat aux États-Unis auront lieu dans moins de quatre mois... et, à l’évidence, ça inquiète Donald Trump. Il a déploré les « vulnérabilités » du système électoral lors d’un discours à la nation la semaine dernière. La démocratie américaine est-elle menacée ? Les démocrates pourront-ils reprendre le contrôle du Congrès américain ? Nos chroniqueurs Alexandre Sirois et Vincent Brousseau-Pouliot en débattent. Alexandre Sirois : Vincent, je te le dis d’entrée de jeu, je suis l’un de ceux qui estiment que les élections de mi-mandat du 3 novembre prochain aux États-Unis seront un test déterminant pour l’avenir de la démocratie chez nos voisins. D’abord parce que si les démocrates réussissent à obtenir la majorité des sièges dans l’une des deux chambres du Congrès américain (il y en a 35 en jeu au Sénat et 435 à la Chambre des représentants), ils auront enfin la chance de freiner certaines des idées délirantes de Donald Trump. Mais aussi parce qu’on verra jusqu’à quel point le président, qui vient de remettre en question la légitimité du système électoral dans un discours à la nation à ce sujet (je crois rêver !), tentera de l’ébranler de façon à avoir un impact sur les résultats pour favoriser son parti. Je sais bien que la popularité de Donald Trump est en chute libre. Je sais aussi que les démocrates pensent qu’ils pourront en tirer profit et faire des gains importants. Mais je suis loin d’être certain que c’est ce qui va se passer. Peux-tu me rassurer ? Vincent Brousseau-Pouliot : Ça dépend de ce que tu veux dire par « gains importants ». Le consensus des sondeurs, c’est que les démocrates sont en voie de reprendre le contrôle de la Chambre des représentants, et qu’il risque d’y avoir une égalité 50-50 au Sénat (les républicains contrôleraient alors le Sénat, car le vice-président J.D. Vance voterait en cas d’égalité). Il faut 218 élus pour avoir le contrôle de la Chambre. Le site de prédictions Polymarket donne 85 % de chances aux démocrates de reprendre le contrôle de la Chambre, avec 233 élus⁠1. La semaine dernière, le New York Times a réuni six sondeurs pour leur demander leur avis⁠2. Ils estiment tous que les démocrates vont reprendre le contrôle de la Chambre, avec de 223 à 229 sièges. Pour le Sénat, ils estiment en moyenne que ce sera 50-50 – donc un Sénat contrôlé par les républicains. AS : Les sondages sont peut-être rassurants pour les démocrates... mais les démocrates, eux, sont tout sauf rassurants. Leur propension à s’enfarger les pieds dans les fleurs du tapis ne cessera jamais de m’étonner ! Regarde l’accident de train au ralenti auquel on vient d’assister dans le Maine. Ils pensaient avoir trouvé le candidat idéal pour vaincre la sénatrice républicaine Susan Collins : Graham Platner, un ancien militaire, terre à terre et charismatique. Mais on avait omis de faire sortir tous les squelettes qu’il cachait dans son placard. Une série de scandales, qui ont culminé par des accusations de viol, l’ont forcé à retirer sa candidature. Et que dire des querelles intestines qui opposent les démocrates les plus modérés à une frange plus progressiste du parti ? Notre collègue Richard Hétu a qualifié le phénomène de « guerre fratricide » ⁠3. Certains candidats issus de cette aile se décrivent comme des démocrates socialistes. Les républicains les diabolisent en les traitant de « communistes ». Un virage progressiste est peut-être nécessaire, mais je trouve que la façon dont les démocrates s’y engagent est périlleuse. VBP : J’aime encore mieux un parti politique où il y a de la place pour plusieurs factions (les progressistes, les plus centristes) qu’un parti dirigé par un président autoritaire (Donald Trump) qui « aime l’inflation »⁠4, se moque des priorités des électeurs et voit la présidence comme une machine à imprimer de l’argent pour sa fortune personnelle. Cela dit, pour le Maine, même avec le fiasco Graham Platner, les démocrates ont environ 66 % de chances de gagner ce siège au Sénat, selon Polymarket. À la place des démocrates, quelle serait ta stratégie pour gagner les élections ? AS : Le Parti démocrate peine à prouver aux membres de la classe ouvrière qu’il s’en préoccupe. Ce n’est pas nouveau. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles Donald Trump a remporté deux élections présidentielles. Il a réussi à se présenter comme leur défenseur (plus qu’Hillary Clinton en 2016 et que Kamala Harris en 2024). Il y a quelques mois, David Axelrod, l’ancien stratège de Barack Obama, a bien résumé le problème. Ces précieux électeurs se sentent trop souvent regardés de haut par les candidats démocrates, qui les abordent à la façon d’anthropologues ou de missionnaires... alors qu’ils devraient plutôt se comporter comme s’ils étaient simplement des voisins. Il a raison ! Ça me semble être la base d’une stratégie gagnante. Ensuite, bien sûr, il s’agit de dénoncer les politiques désastreuses de l’administration Trump, surtout celles qui ont un impact sur le portefeuille des électeurs. VBP : Un impact sur le portefeuille des électeurs, tu dis ? En 2025, les tarifs de l’administration Trump ont engendré l’équivalent d’une taxe de 1000 $ US par ménage américain, selon le Tax Foundation. En 2026, c’était une taxe de 700 $ US par ménage. Les Américains se rendent bien compte de l’incompétence économique de l’administration Trump avec sa politique de tarifs douaniers et sa guerre inutile et coûteuse avec l’Iran. Au premier jour de son deuxième mandat, Donald Trump avait un taux d’approbation net positif (il y avait plus de gens satisfaits qu’insatisfaits) pour sa gestion du coût de la vie et de l’économie. Aujourd’hui, les Américains sont extrêmement insatisfaits de sa gestion de l’économie. Son taux net de désapprobation dépasse les -40 % pour le coût de la vie et les -20 % pour l’économie⁠5. Quand on regarde les chiffres, il est le président le plus impopulaire des 50 dernières années. AS : C’est vrai. Mais je continue de croire que ça ne signifie pas nécessairement que les démocrates vont reprendre le contrôle du Congrès en novembre, même si je crois possible qu’ils obtiennent de justesse une majorité de sièges à la Chambre des représentants. VBP : Si les républicains gardent le contrôle du Congrès, on n’en a vraiment pas fini avec Donald Trump ! Il a un bilan économique épouvantable, il gouverne comme un autocrate, il s’attaque à l’État de droit ainsi qu’à l’intégrité du processus électoral. Dans ce contexte, les Américains ont tout intérêt à lui dire « ça suffit » aux élections de mi-mandat et à redonner le contrôle du Congrès aux démocrates. Ça n’arrêterait pas toutes les attaques de Donald Trump contre l’État de droit et la démocratie. Mais ce serait un début. 1. Prédictions en date du vendredi 17 juillet, à midi.

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