Crime·

Affaire OGP: ce que révèlent les relevés bancaires sur le différend Faramayah Autos et l’ex-direction

Affaire OGP: ce que révèlent les relevés bancaires sur le différend Faramayah Autos et l’ex-direction

Après plusieurs jours d’audition et dix jours passés en garde à vue, l’ancien directeur général de l’Office guinéen de publicité (OGP), Aladji Cellou Camara, a été placé sous mandat de dépôt. Cette décision intervient dans le cadre d’une nouvelle procédure judiciaire ouverte dans le prolongement de l’affaire dite « MTN ». Dans ce dossier, largement [...]

Après plusieurs jours d’audition et dix jours passés en garde à vue, l’ancien directeur général de l’Office guinéen de publicité (OGP), Aladji Cellou Camara, a été placé sous mandat de dépôt. Cette décision intervient dans le cadre d’une nouvelle procédure judiciaire ouverte dans le prolongement de l’affaire dite « MTN ». Dans ce dossier, largement médiatisé, il avait pourtant bénéficié d’un placement sous contrôle judiciaire le 6 juillet dernier. Mais, manifestement insatisfait du non placement de l’ancien directeur général de l’Office guinéen de publicité (OGP) sous mandat de dépôt, le Parquet spécial a décidé d’engager, trois jours plus tard, une procédure de flagrant délit à son encontre. Une démarche qui apparaît, selon des observateurs, comme le seul moyen pour le parquet spécial de conduire Aladji Cellou en détention. L’ancien directeur général de l’OGP devait ainsi être présenté, dès la prochaine audience, devant un juge afin de débattre du fond du dossier. Initialement orienté ainsi en procédure de flagrant délit par le parquet spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), le dossier a finalement été renvoyé devant la Chambre de l’instruction pour complément d’enquête. Enterrant ainsi le flagrant délit. Les juristes consultés au sujet de cette volte-face du parquet n’y voient qu’une seule explication : il fallait coûte que coûte placer Aladji Cellou en détention. Car, affirment-ils, «en matière d’enquête financière, le flagrant délit ne peut jamais prospérer, sauf à tordre le coup à la Loi.» Une fois devant la chambre d’instruction, celle-ci, selon des avocats proches du dossier, aurait été « contrainte » de valider le placement en détention ordonné quelques jours plus tôt par le parquet. Abracadabrantesque ! Au fur et à mesure des investigations, plusieurs sources proches du dossier affirment qu’aucun élément ne mettrait, à ce stade, en évidence un détournement de deniers publics. Selon les mêmes sources, il n’est pas reproché à l’ancien directeur général Aladji Cellou d’avoir soustrait les ressources de l’OGP ou vidé les comptes de l’entreprise. Les faits examinés par les enquêteurs porteraient davantage sur le règlement ou non de dettes héritées de la précédente gestion, notamment celles contractées avant son arrivée à la tête de l’OGP. Une entreprise lourdement endettée voire en faillite totale à l’arrivée de l’équipe d’Aladji Cellou Lorsque Aladji Cellou Camara prenait les commandes de l’OGP, l’entreprise publique faisait face à plus de 80 milliards de francs guinéens de dettes, selon les documents de passation de service, dont 52 milliards de dettes fiscales qui se sont accumulées, selon nos sources depuis l’ère Capi Camara. En l’espace de 18 mois, près de 14 milliards de francs guinéens auraient été consacrés au remboursement d’anciennes dettes, environ 15 milliards reversés au Trésor public au titre des impôts, près de 35 milliards affectés au paiement des salaires et environ 13 milliards de francs guinéens demeuraient disponibles dans les comptes de l’entreprise à la fin de sa gestion. Nos sources indiquent que l’équipe d’Aladji Cellou est la seule à n’avoir pas endetté l’OGP, y compris vis-à-vis des impôts, depuis belle lurette. Le différend avec Faramayah Autos Parmi les dossiers qui retiennent l’attention, figure celui opposant l’ancien directeur général Mandian Sidibé à Ansoumane Camara, PDG de Faramayah Autos, fournisseur de véhicules de l’OGP. Joint par téléphone, ce dernier affirme avoir livré six véhicules sous la direction de Mandian Sidibé (trois Toyota Hilux, deux Fortuner et un Land Cruiser Prado) pour un montant total de 3,65 milliards de francs guinéens. « À ce jour, je n’ai reçu que 500 millions de francs guinéens », soutient-il, rejetant les informations selon lesquelles son entreprise aurait déjà perçu plus de trois milliards de francs. Selon lui, un protocole d’accord avait été conclu avec Aladji Cellou Camara afin d’apurer progressivement la créance. « On a fait un protocole d’accord. Il s’était engagé à me payer 250 millions de francs par mois. Il m’a payé deux tranches de 250 millions, soit 500 millions. Ensuite, il m’a expliqué qu’il rencontrait des difficultés parce que Mandian avait laissé beaucoup de dettes », raconte Ansoumane Camara. Le fournisseur affirme avoir ensuite entrepris plusieurs démarches, sans succès, avant de saisir un huissier de justice. Seulement voilà : quand Aladji Cellou arrivait à l’OGP, de tous les véhicules cités plus haut, il n’y avait que trois : la Prado (complètement amorti), du DG, la Fortuner du DGA et un pick-up Hilux en très mauvais état, les PV en font foi. Où sont passés les autres véhicules ? Une confrontation entre les différentes parties à la justice devra permettre d’apporter clairement une réponse à cette question. Face à cette situation, des relevés bancaires ont parlé et contredisent totalement la version du fournisseur Toutefois, des documents bancaires consultés dans le cadre du dossier, présentent une version différente. Ils font état de plusieurs paiements effectués au profit de Faramayah Autos. D’abord Aladji Cellou a effectué trois virements pour un total de 800 millions, contrairement aux 500 millions reconnus par Ansoumane Camara. Mais il y a pire : on découvre que le fournisseur avait reçu de nombreux autres chèques à partir du compte de l’OGP logé au Trésor public. Selon ces relevés, un premier chèque n°6359976 d’un montant de 820 millions de francs guinéens a été émis le 19 juillet 2022 en faveur de Faramayah Autos. Le 8 août 2022, trois autres chèques ont été enregistrés : le chèque n°6386901 de 500 millions de francs guinéens, le chèque n°6386902, également de 500 millions de francs guinéens, et le chèque n°6386700 de 300 millions de francs guinéens. Les relevés bancaires font également apparaître d’autres décaissements intervenus le 10 janvier 2023. Il s’agit notamment du chèque n°6392596 d’un montant de 490 millions de francs guinéens, du chèque n°6392597 de 480 millions de francs guinéens et du chèque n°6399714 de 475 millions de francs guinéens, tous établis au profit de Faramayah Autos SARL. Au total, ces différentes opérations représentent 3 565 000 000 GNF (3,565 milliards de francs guinéens). Il convient de préciser que ces paiements ont été effectués sous la direction de Mandian Sidibé, période durant laquelle Faramayah Autos avait livré les six véhicules à l’OGP. Pourtant, Ansoumane Camara continue de réclamer à l’équipe d’Aladji Cellou Camara le paiement de 3,650 milliards de francs guinéens, affirmant n’avoir perçu, à ce jour, que 500 millions de francs guinéens. Cette contradiction entre les déclarations du fournisseur et les mouvements bancaires constitue l’un des points que les enquêteurs de la CRIEF devraient examiner afin de déterminer à quoi correspondent les 3,565 milliards de francs guinéens versés par l’OGP à Faramayah Autos. Dans ce dossier, il est également question d’une avance sur salaire obtenue par l’ancien directeur général de l’OGP, Mandian Sidibé, auprès d’une banque de la place. Selon les éléments consultés, alors que l’entreprise accusait plusieurs mois d’arriérés de salaires, Mandian Sidibé avait sollicité, en octobre 2024, une avance bancaire adossée à son salaire mensuel ainsi qu’aux rappels de salaires qui lui étaient dus, afin de faire face à des charges familiales. Dans une correspondance consultée par Guinéenews, la banque indique que le dernier salaire effectivement crédité sur le compte de Mandian Sidibé avant son départ de l’OGP était celui du mois d’octobre 2024. L’établissement précise qu’il s’attendait au versement des rémunérations des mois de novembre et décembre, au même titre que celles des autres employés. « Malheureusement, tel n’a pas été le cas », relève l’institution financière dans ce document. D’après nos informations, ces réalités n’ont pas suffi pour dissuader l’avocat de Mandian Sidibé d’écrire le 5 février 2025 à son successeur à la tête de l’OGP, Aladji Cellou pour réclamer les mêmes arriérés de salaires. À travers deux virements, a-t-on appris, Aladji Cellou se serait acquitté de « cette obligation salariale », avant de recevoir le courrier de la banque auprès de laquelle Mandian Sidibé a endetté l’OGP à hauteur de 3 milliards de francs guinéens. Sur cet autre montant, suivant une résolution du Conseil d’Administration et un protocole d’accord, Aladji Cellou a payé 500 millions de francs guinéens. Contacté par Guinéenews, l’avocat de Mandian Sidibé, Me. Sékou Traoré indique n’avoir eu connaissance ni du courrier adressé à Aladji Cellou Camara au sujet des arriérés de salaire de Mandian Sidibé, ni de la correspondance transmise à la banque concernant l’avance sur salaire. Une interrogation brûle désormais toutes les lèvres : pourquoi celui qui a contracté les dettes en l’occurrence Mandian Sidibé, a-t-il été libéré, tandis que son successeur, Aladji Cellou, qui a hérité des dettes de gestion et s’est attelé à les apurer sans en créer de nouvelles, se retrouve derrière les barreaux ? Une équation qui alimente les débats et reste, pour l’heure, sans véritable réponse. Et c’est là effectivement où la CRIEF est attendue pour tirer cette rocambolesque affaire au clair. Nous y reviendrons.

This is a summary. Read the full article at the original source.

Read full article at guineenews