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Bibliothèque “Daaray Kaamil” : la valorisation du patrimoine spirituel et documentaire de Cheikh Ahmadou Bamba

Bibliothèque “Daaray Kaamil” : la valorisation du patrimoine spirituel et documentaire de Cheikh Ahmadou Bamba
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Par Hamath Kane et Hawa Bousso Touba, 30 juil (APS) – La bibliothèque Cheikhoul Khadim, plus connue sous l’appellation “Daaray Kaamil”, est un océan de savoir. L’agence de presse sénégalaise a visité cet édifice créé en 1977 par Serigne Abdoul Ahad Mbacké, troisième khalife général des mourides, et qui fait partie des merveilles de Touba. [...] The post Bibliothèque “Daaray Kaamil” : la valorisation du patrimoine spirituel et documentaire de Cheikh Ahmadou Bamba first appeared on APS .

SENEGAL-RELIGION-REPORTAGE Par Hamath Kane et Hawa Bousso Touba, 30 juil (APS) – La bibliothèque Cheikhoul Khadim, plus connue sous l’appellation “Daaray Kaamil”, est un océan de savoir. L’agence de presse sénégalaise a visité cet édifice créé en 1977 par Serigne Abdoul Ahad Mbacké, troisième khalife général des mourides, et qui fait partie des merveilles de Touba. Le Soleil sort de sa timidité des premières heures, le lundi 29 juin 2026, à deux kilomètres de la capitale du mouridisme. A 9h 30, un regard de loin, un jeune en pantalon jean bleu manœuvre de toutes ses forces une charrue poussée par un âne. Il défriche un champ nu sous un ciel encore avare en pluie, après les premières gouttes de l’hivernage qu’il espère sans doute généreux. C’est le décor dans la région agricole de Diourbel, dépendante comme les autres du pays, de la pluviométrie. En attendant, Touba se prépare au grand Magal commémorant le départ en exil, au Gabon, de Cheikh Ahmadou Bamba en 1895. A l’entrée de la cité religieuse, capitale du mouridisme, l’une des principales confréries musulmanes sénégalaises, charrettes, clandos et motos occupent les artères, slalomant sur quelques routes impraticables et des flaques d’eau de la première petite pluie. Mais la hantise des inondations qui paralysent presque chaque année l’agglomération de Touba est là. Sur la route menant à l’imposante grande mosquée et ses minarets, des commerces diffusent des khassaïdes dans une symphonie envoûtante. Certains, chapelets à la main, attendent des clients devant leurs échoppes tout en sirotant l’incontournable café Touba. A quelques mètres de là, la Bibliothèque “Daaray Kaamil” ou Cheikhoul Khadim ne désemplit pas ce lundi. Dans ce temple du savoir abritant également le mausolée de Cheikh Abdoul Ahad Mbacké, troisième khalife général des mourides, le visiteur enlève ses chaussures d’abord avant d’entrer en ce lieu. Une forme de respect. Des jeunes assis sur des chaises révisent leurs leçons pour préparer les examens de fin d’année, tandis que d’autres lisent les khassaïdes, les poèmes de Serigne Touba. Dans cette ambiance studieuse, tout est sobriété et humilité : des filles notamment, voilées, se dégourdissent les jambes, concentrées sur la lecture, laissant rarement échapper des chuchotis. Dans son box, le coordonnateur de la bibliothèque “Daaray Kaamil”, Ousseynou Diattara, accueille l’APS, sourire discret, voix basse et fierté mouride. Il fait office de guide, se faufilant entre les centaines de mètres linéaires de documents de tous genres : thèses, mémoires, manuscrits en arabe, exemplaires du Coran, écrits de Cheikh Ahmadou Bamba, ses khassaïdes (poèmes) et d’autres lui rendant hommage, son patrimoine, ses objets, photos des cheikhs. Le tout en arabe, français, anglais et en d’autres langues. Daaray Kaamil : la diffusion du patrimoine de Bamba Avec ses 3969 m2, la bibliothèque, construite en 1977, abrite cinq bâtiments. Dans son modeste boubou bleu, Diattara détaille les 6500 ouvrages du Coran, plus de 9000 ouvrages de khassaïdes et 7000 documents sur la culture générale. “La salle 1 abrite les kaamils (exemplaires du Coran) des fils de Serigne Touba et ses talibés, ses manuscrits, son patrimoine. La salle 2 est composée des khassaïdes du fondateur du mouridisme et d’autres poèmes dédiés au prophète Mohamed (PSL), des collections faites par Serigne Abdoul Ahad Mbacké”, raconte-t-il comme un récital. “La salle 3, elle, s’occupe de la culture générale, précisément des savoirs venus d’ailleurs et dans d’autres langues, avec des documents sur l’éducation, l’histoire, l’enseignement, l’économie, l’architecture... La salle 4 accueille les expositions et des événements, tandis que la salle 5 est réservée à la lecture, aux documents audiovisuels et iconographiques”, a ajouté Ousseynou Diattara, une mémoire vivante de ce lieu du savoir qui se modernise aussi avec sa bibliothèque numérique. Aliou Ndao, premier bibliothécaire recommandé par Abdou Diouf Un lieu de savoir infini géré dans les conditions optimales de sécurité et de respect des normes de conservation par une dizaine de personnes bénévoles préposées à l’entretien, aux visites et à la sécurité, n’espérant, en guise de contrepartie, que la baraka de Serigne Touba, selon le coordonnateur de “Daaray Kaamil”. Un héritage de son premier bibliothécaire, Aliou Ndao, fonctionnaire recommandé par Abdou Diouf en 1977 à Cheikh Abdoul Ahad Mbacké, qui y a servi jusqu’en 1989, date du rappel à Dieu du troisième khalife général des mourides. Aliou Ndao a jeté les bases d’une gestion professionnelle et durable de la bibliothèque en réalisant le catalogue e concert avec l’Ecole des bibliothécaires archivistes et documentalistes (EBAD) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, a souligné son coordonnateur. Au sein de cette institution, vingt-huit hommes se relaient au quotidien pour accomplir une mission que leurs prédécesseurs ont exercée avant eux : faire vivre le Coran en permanence au cœur de Touba. Abdou Rahmane Mbacké fait partie de ce cercle de récitateurs désignés par le khalife général des mourides, Serigne Mountakha Mbacké. “Nous sommes ici pour servir le Coran et perpétuer une œuvre léguée par Serigne Touba. Notre mission est avant tout spirituelle”, explique-t-il. Dans l’imaginaire collectif mouride, le “Daaray Kamil” représente l’un des symboles les plus achevés de l’attachement de Cheikh Ahmadou Bamba au Livre Saint. Une mission sans interruption Dans cette enceinte, le temps semble changer de rythme. Chaque nuit, du jeudi au vendredi, après Isha, la dernière prière du soir, sept récitations complètes du Coran sont effectuées dans le cadre d’un programme minutieusement codifié. “Depuis des générations, cette activité n’a jamais été interrompue”, assure Abdou Rahmane Mbacké. L’engagement exigé de ces 28 récitateurs du Coran est total. Il est également attendu de ce cerclé fermé une maîtrise intégrale du Coran, une réputation exemplaire et une pratique religieuse rigoureuse. Leur désignation relève exclusivement de l’autorité du khalife général des mourides. “Personne ne peut entrer ici sans l’autorisation du khalife général”, précise-t-il. Dans l’univers du “Daaray Kamil”, le chiffre 28 revient avec insistance. Outre les vingt-huit membres composant le groupe chargé de la récitation permanente du Coran, les différentes séquences de lecture s’organisent également autour de ce nombre. Pour les récitateurs, cette récurrence ne relève pas du hasard. Mais “seul Serigne Touba connaissait véritablement la portée spirituelle de ce choix”, indique Abdou Rahmane Mbacké. Le nombre 28 est ainsi devenu un marqueur symbolique de cette institution et de certaines traditions associées à l’histoire de Touba. La situation géographique du “Daaray Kamil” contribue également à son caractère exceptionnel. Le bâtiment se trouve dans un espace hautement symbolique reliant la Grande Mosquée au mausolée de Cheikh Ahmadou Bamba. Pour de nombreux fidèles, cette situation traduit l’attachement du fondateur du mouridisme à trois dimensions indissociables de sa vie : le Coran, la prière et la transmission du savoir religieux. Un patrimoine spirituel vivant Tout au long de l’année, le “Daaray Kamil” reçoit des visiteurs du Sénégal et de l’étranger, venus solliciter des prières, formuler des vœux, se recueillir. “Les gens viennent chercher les bénédictions liées au Coran. Ils viennent pour ce que représente ce lieu”, explique Abdou Rahmane Mbacké. À l’heure où Touba poursuit sa modernisation et son expansion démographique, le “Daaray Kamil” demeure l’un des espaces où se conserve intacte une tradition vieille de plus de cent ans. Ici, les générations se succèdent mais la mission reste la même : maintenir vivante le Livre Saint, selon les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba. Dans le calme, loin de l’agitation des grandes artères de la capitale du mouridisme, les voix des récitateurs continuent de s’élever dans le ciel de Touba. Pour Abdou Rahmane Mbacké, cette continuité constitue la véritable singularité du “Daaray Kamil”. “Nous ne sommes que les serviteurs d’une mission qui nous dépasse. Le Coran était au centre de la vie de Serigne Touba. Notre rôle est de faire en sorte que cette lumière continue de rayonner”, confie-t-il. Il en résulte que le “Daaray Kamil” demeure l’un des cœurs battants de la spiritualité mouride, un lieu où le temps semble suspendu au rythme des versets du Saint Coran. HK/HB/AN/BK

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