Coupe du monde FIFA à vendre : la FSF face à un choix à 23 milliards de FCFA

Gianni Infantino a décidé de mettre la pression sur les 211 fédérations membres de la FIFA. Selon des révélations du quotidien britannique The Times, le président de l’instance mondiale leur a adressé une lettre leur fixant un ultimatum de 53 jours, soit jusqu’au 19 septembre, pour valider son projet de filiale commerciale, la FIFA Forward [...]
Gianni Infantino a décidé de mettre la pression sur les 211 fédérations membres de la FIFA. Selon des révélations du quotidien britannique The Times, le président de l’instance mondiale leur a adressé une lettre leur fixant un ultimatum de 53 jours, soit jusqu’au 19 septembre, pour valider son projet de filiale commerciale, la FIFA Forward Enterprise (FFE). Un délai particulièrement serré pour un enjeu financier considérable. FIFA Forward Enterprise (FFE) : ce qu’il faut savoir La FIFA a dévoilé mardi 28 juillet un projet de nouvelle filiale commerciale, baptisée « Fifa Forward Enterprise » (FFE), qui regrouperait ses droits commerciaux et l’organisation opérationnelle de ses tournois, dont la Coupe du monde et la Coupe du monde des clubs. Des parts de cette société seraient vendues à un groupe d’investisseurs privés, une première dans l’histoire de l’instance. Concrètement, la FIFA explore l’idée de réunir tous ses droits commerciaux, diffusion, sponsoring, billetterie, octroi de licences, avec la mise en œuvre opérationnelle de ses tournois au sein de cette nouvelle structure. La FIFA assure que cette nouvelle structure lui permettra de lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars dès cette année afin de financer ses programmes de développement, grâce à des investisseurs de long terme détenant des participations minoritaires, sans pouvoir de contrôle. Parmi les investisseurs pressentis figure Thrive Eternal, le fonds fondé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump. L’opération serait structurée avec le concours de la banque américaine JP Morgan. Cette proximité alimente les accusations de népotisme et renforce le sentiment d’un ancrage de plus en plus marqué de la FIFA aux États-Unis, illustré notamment par l’installation, l’an dernier, d’un bureau de l’organisation dans la Trump Tower, à New York. Un ultimatum à 40 millions de dollars Selon les termes de cette lettre, chaque fédération qui approuvera le projet avant l’échéance recevra jusqu’à 40 millions de dollars (environ 35 millions d’euros), dont un premier versement de 20 millions de dollars dès la signature. À l’inverse, les fédérations qui refuseraient d’adhérer au projet devraient se contenter du système actuel de répartition. L’enveloppe globale qui leur serait destinée ne dépasserait pas 2,7 milliards de dollars, contre 10 milliards de dollars promis en cas d’adhésion massive au projet. Cet écart considérable est perçu par plusieurs observateurs comme une forme de pression financière. Certaines sources proches du dossier vont jusqu’à qualifier le dispositif de « pot-de-vin institutionnalisé ». La méthode suscite également des interrogations jusque dans les plus grandes fédérations. La Fédération anglaise de football a notamment indiqué n’avoir découvert le projet qu’a posteriori, sans avoir reçu d’informations détaillées sur ses modalités. La FSF face à un choix à 23 milliards de FCFA Pour la Fédération sénégalaise de football (FSF), l’équation est simple. Les 35 millions d’euros promis représentent environ 23 milliards de FCFA, soit une somme considérable pour une instance dont le budget repose en grande partie sur les financements de la FIFA. Comme les 210 autres fédérations concernées, la FSF se retrouve ainsi devant un choix aussi séduisant que délicat : accepter immédiatement une manne financière inédite ou refuser un projet dont les contours, la gouvernance et les conséquences à long terme restent encore flous, au risque de bénéficier d’un soutien financier nettement moins important dans les années à venir. L’UEFA hausse le ton Sans surprise, l’UEFA s’est rapidement opposée au projet. La confédération européenne accuse la FIFA de privilégier une logique financière susceptible d’enrichir ses dirigeants et des investisseurs privés, au détriment des fédérations, des clubs, des ligues et des joueurs. Une réunion d’urgence réunissant les 55 fédérations membres de l’UEFA a été convoquée afin d’étudier une réponse commune. L’hypothèse d’un boycott n’est pas totalement écartée, comme ce fut le cas en 2021 lors du projet, finalement abandonné, d’organiser la Coupe du monde tous les deux ans. Plus largement, plusieurs acteurs du football redoutent une marchandisation croissante de la Coupe du monde, une perte d’influence des fédérations sur leur compétition phare et un transfert progressif du pouvoir vers des intérêts privés américains. Les inquiétudes sont d’autant plus fortes que certains évoquent la possibilité de voir Gianni Infantino prendre, à l’issue de son mandat à la tête de la FIFA, la direction générale de la FFE, une fonction qui ne serait soumise à aucune limitation de durée. Le compte à rebours est désormais lancé. À la FSF, comme dans les 210 autres fédérations membres de la FIFA, l’heure du choix approche : accepter cette manne financière exceptionnelle ou résister à un projet qui pourrait redessiner durablement la gouvernance mondiale du football. Cheikh Gora DIOP
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