« Dossier d’un vide sidéral » contre « des faits d’une gravité importante » : Joseph Afribo à la barre dans l’affaire du viager

Lecture zen Les faits Joseph Afribo, actuel maire de Rethel et ancien maire d’Acy-Romance, est jugé pour abus de faiblesse et blanchiment de fraude fiscale (2012 à 2021) ainsi que falsification de chèques et usage de chèques falsifiés (2018 et 2020). Juin 2012 : Le couple Parizot cède, en viager, sa maison d’Acy-Romance au maire, M. Afribo, qui s’engage à verser une rente annuelle. 2020 : L’avocate des petits-enfants du couple assigne Joseph Afribo pour non-paiement des rentes et demande l’annulation de la vente. Le petit-fils alerte le procureur de Charleville d’un potentiel abus de faiblesse. Décembre 2021 : mise en examen de Joseph Afribo. Avril 2026 : Après un premier renvoi en 2025, l’audience du 27 avril 2026 est renvoyée en l’attente d’une expertise. Mais pourquoi ? Pourquoi avoir accepté la maison des Parizot, quand tant d’autres l’ont refusée ? À cette question réitérée par la présidente du tribunal, Joseph Afribo a fini par y répondre : « Je ne voulais pas les décevoir. » Les ? Le couple de retraités à qui il a acheté leur résidence principale à Acy-Romance sous forme d’un viager en 2012. Il était alors maire de cette petite commune de 472 habitants. Quatorze ans plus tard, à la barre du tribunal correctionnel de Charleville-Mézières, il est prévenu d’avoir abusé de leur faiblesse. Il ne leur aurait jamais payé la rente viagère qu’il leur devait. Le couple s’en est plaint à plusieurs interlocuteurs et l’a réitéré devant les enquêteurs. Préjudice estimé : au moins 57 000 euros selon la partie civile. Ce qui fait dire à la procureure de la République, Magali Josse que ce viager est dès l’origine « une coquille vide, un contrat fantôme conclu au seul préjudice d’un couple particulièrement vulnérable ». Une version démentie avec constance par l’actuel maire de Rethel. Pas de preuve médicale d’une altération À l’en croire, ce sont les Parizot eux-mêmes qui l’ont démarché. Brouillés avec leurs petits-enfants depuis 2006, ils souhaitaient les déshériter en cherchant d’autres bénéficiaires à leurs biens. Un point qui, durant les six heures de débats, n’a pas été contesté. D’autant qu’une cousine est venue témoigner à la barre qu’elle s’était elle aussi vu offrir la maison et des assurances vie. Selon Me David Meunier, conseil du prévenu, les Parizot étaient alors « en pleine possession de leurs moyens ». Les seules expertises médicales évoquant une vulnérabilité datent de 2018 et 2019, rien avant. Pas besoin de preuve d’une altération, « l’âge, l’isolement sur le plan familial, sur le plan social » suffisent selon le parquet. Sans compter le prestige voire « l’emprise », selon la partie civile, « DU maire » qui sans être un proche ami, avait le respect du couple, qu’il visitait tous les samedis. « Éviter que le petit-fils ramasse » « Mme Parizot, elle insistait, elle insistait pour que j’accepte », a martelé M. Afribo qui, à l’entendre, aurait été presque harcelé par les octogénaires venus « à maintes reprises à la mairie » et le « rappelaient » au téléphone, n’ayant « jamais abandonné l’idée » d’éviter que « le petit-fils ramasse l’assiette ». « C’est M. Parizot qui est allé voir le notaire avec cette solution de viager », glisse M. Afribo qui réfute leur avoir glissé à l’oreille. Lui, l’ancien cadre bancaire, ne s’était même « pas intéressé » à l’affaire. Le contrat, il l’a « découvert au dernier moment ». Il n’a « pas le goût de l’argent ». Pourtant, le contrat lui est « très profitable » nargue Me Mériot. Et l’avocate de la petite-fille d’égrener : « Le prix de vente fixé à 140 000 euros est minoré de 40 000 euros par rapport au marché, sans aucun bouquet initial (somme versée dès la vente aux rentiers, Ndlr), pas d’indexation des rentes sur l’inflation et le mobilier est inclus. » De quoi faire bondir Me Meunier dans sa plaidoirie : « Mais c’est un contrat, les parties font ce qu’elles veulent ! » « Ce viager est une donation déguisée » Alors oui, le prévenu a bien rempli – falsifié – cinq chèques du chéquier de M. Parizot, signés par ce dernier, selon Joseph Afribo. 543 à 616 euros chacun qu’il a encaissé… au titre du remboursement de la taxe foncière dont lui-même devait s’acquitter. « M. Parizot voulait la payer, lui, parce qu’il considérait qu’il vivait encore dans sa maison. » Le ministère public comme les parties civiles ont une tout autre lecture. Le couple aurait pu faire une donation au profit de M. Afribo, et l’affaire s’arrêtait là. En faire bénéficier un tiers à la famille n’est pas interdit, mais c’est plus beaucoup plus onéreux sur le plan fiscal. Le viager aurait permis à M. Afribo d’échapper au Trésor public. Pas de bouquet initial, des rentes qui auraient été payées en liquide donc intraçables… « Ce viager est une donation déguisée », martèle Mme Josse. D’où la prévention de blanchiment de fraude fiscale. Filmé à son insu au domicile des Parizot Et la procureure de s’appuyer sur une vidéo issue d’une caméra de surveillance. Placée par le petit-fils des Parizot à leur domicile, elle y enregistre une conversation entre Joseph Afribo et les Parizot en juillet 2020. « - Cette maison, vous me l’avez donnée, lance M. Afribo. – Oui, mais vous deviez payer tous les mois, et il n’y a rien, se plaint Mme Parizot. – C’est pas vrai, c’est pas vrai, c’est pas vrai, répond avec véhémence M. Afribo. » « Donnée », pas vendue. Aveu de culpabilité pour la procureure, « pas du tout » balaie Me Harir qui trouve l’argument léger. D’ailleurs, la défense l’assure : les rentes ont bel et bien été payées. Pour preuve, les 94 quittances prouvant leur paiement en liquide. « Le liquide, c’était un arrangement avec M. Parizot qui aimait avoir de la vaisselle dans la poche », glisse le prévenu. 94 quittances falsifiées ? Des documents qui ont donné lieu à deux expertises judiciaires et une contre-expertise privée payée par la défense et… de très longs débats techniques. Méthodes inappropriées, invalidité d’expertises réalisées sur copie, remise en cause de l’impartialité des expertes mandatées par la justice comme la défense… Au final, on retiendra que les expertises judiciaires concluent que les quittances ont été rédigées par Joseph Afribo et non par M. Parizot, et dans un laps de temps très court. Ce que conteste formellement la contre-expertise de la défense. « Dossier vide » contre des faits d’une « gravité importante » Un volet dont la défense a fait un axe central : « C’est au parquet d’apporter la preuve, or votre dossier est vide, d’un vide sidéral (…) Si M. Afribo est un faussaire, un escroc où est le notaire qui a validé l’acte ? » Dans sa plaidoirie, le bâtonnier a réitéré sa vision d’une affaire « privée » où les Parizot ont été manipulés par leur petit-fils revenu à leur côté en 2020 afin de faire main basse sur l’héritage. Dénonçant une « peine d’exclusion sociale », il a réclamé la relaxe. De son côté, la procureure de la République a évoqué des « faits d’une gravité importante du fait que le prévenu n’est pas n’importe qui, c’est un maire ». Elle a requis trois de prison dont deux avec sursis. Pas de peine d’inéligibilité, mais un placement sous surveillance électronique pour la peine d’un an ferme, interdiction de se rendre dans la maison d’Acy-Romance, le paiement du Trésor public, 60 000 euros d’amende et l’indemnisation des victimes. Verdict le 14 décembre 2026. Mis en ligne le 19/10/2026 à 23:18 « Dossier d’un vide sidéral » contre « des faits d’une gravité importante » : Joseph Afribo à la barre dans l’affaire du viager Par Manessa Terrien Le parquet a requis trois ans de prison dont deux avec sursis à l’encontre de Joseph Afribo, l’actuel maire de Rethel, dans l’affaire dite du viager. Ses avocats ont plaidé la relaxe.
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