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Golden Apricot 2026: Le courage comme seul luxe

Golden Apricot 2026: Le courage comme seul luxe

Du 12 au 19 juillet, Erevan a vécu, le temps d'une semaine, au rythme de son abricot d'or. La 23e édition du Golden Apricot Yerevan International Film Festival vient de refermer...

Du 12 au 19 juillet, Erevan a vécu, le temps d'une semaine, au rythme de son abricot d'or. La 23e édition du Golden Apricot Yerevan International Film Festival vient de refermer ses portes, et il faut le dire sans détour, avec des moyens que l'on sait limités face aux mastodontes de Cannes, Venise ou Berlin, ce festival continue d'imposer une évidence: la qualité d'une programmation ne se mesure pas au budget, mais à l'exigence du regard porté sur le monde. Cette année, la reconnaissance de la FIAPF, la Fédération internationale des associations de producteurs de films, est venue couronner ce travail patient, mené depuis 2004 par Haroutioun Khatchatrian et son équipe. Erevan rejoint désormais le cercle restreint des festivals accrédités à l'échelle mondiale. Ce professionnalisme se lit dans le choix des œuvres bien davantage que dans le tapis rouge. En plaçant côte à côte des films venus d'Artsakh, de Gaza, de Kaboul et de Téhéran, le comité de sélection a fait un pari, celui d'une région qui, malgré ses fractures, cherche un langage cinématographique commun pour dire le déplacement, la mémoire empêchée et la survie. Car c'est bien là le fait marquant de cette édition, dans un contexte où l'Artsakh est devenu en Arménie, un sujet que d'aucuns préféreraient voir s'effacer des écrans et des mémoires, le festival a choisi d'ouvrir sa programmation avec Le Pays d'Arto de Tamara Stepanyan. Porté par Camille Cottin et Zar Amir Ebrahimi, ce premier long métrage de fiction suit une Française partie légaliser la mort de son mari arménien et découvrant, chemin faisant, les silences et les fantômes qui remontent jusqu'au Haut-Karabakh. Que ce film ait été choisi pour l'inauguration officielle, en présence des autorités, n'est pas un hasard de programmation mais un acte. Là où beaucoup auraient reculé devant la difficulté du sujet, Golden Apricot a préféré la dignité du regard direct. Cette dignité, on l'a aussi vue incarnée à travers la présence de Simon Abkarian, invité d'honneur de cette édition. L'acteur franco-libano-arménien a présenté à Erevan le diptyque De Gaulle: le Combat et De Gaulle: Liberté d'Antonin Baudry, où il incarne un général de Gaulle habité, tout en noblesse contenue. Le public arménien, qui le connaît depuis son Arshile Gorky dans Ararat d'Atom Egoyan, lui a réservé un accueil triomphal; la ministre de la Culture lui a remis la médaille d'or du ministère, le festival son prix «Maître». Il faut se réjouir, sans réserve, de cette présence. Abkarian a rappelé sur place l'essentiel: que l'Arménie et sa diaspora regorgent d'histoires à raconter, et qu'il ne s'agit pas seulement de dire le génocide, mais de dire qui nous sommes. On peut nourrir l'espoir que les générations à venir ne diront plus seulement «arménien comme Aznavour», mais aussi «arménien comme Simon Abkarian» — une référence de dignité, d'humilité et de courage tranquille, aussi rare que précieuse. La relève, elle, s'est illustrée du côté des courts métrages arméniens, dans la compétition Apricot Stone. Le Golden Apricot et le prix spécial Gennadi Melkonyan sont revenus, mérités, à Dialogues solitaires de Serouj Hovsepian, tourné en français et en arménien occidental. Le film ose, avec une franchise rare dans le cinéma arménien contemporain, aborder l'homosexualité à travers l'histoire de deux colocataires d'origine arménienne — audace de sujet, justesse de ton, portée par une génération de cinéastes qui n'ont plus peur des silences imposés. Au terme de cette semaine, une conviction s'impose, dans une Arménie aux moyens contraints, comme dans une diaspora dispersée, la créativité demeure la ressource la plus sûre.

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