« Il m’a dit que cette claque, c’était comme une tape sur l’épaule à un pote » : les fesses, cibles de domination en milieu professionnel

« Sois belle et produis » (6/6). Main « égarée », tape « familière », commentaires graveleux... Au travail, les fesses sont l’une des parties du corps féminin les plus exposées aux violences sexistes et sexuelles. Pour déjouer regards sexualisants et agressions, les femmes imaginent des stratagèmes pour neutraliser leur corps.
Quand elle repense à son premier job saisonnier de plongeuse dans un camping du sud de la France, Maeva (tous les prénoms ont été modifiés), professeure de théâtre à Montpellier, revoit spontanément la cuisine et le chemin parcouru par son patron, la cinquantaine, pour lui taper les fesses devant une troupe hilare. « C’était un soir comme les autres, on faisait un point avec toute l’équipe avant le début du service. L’ambiance était à la camaraderie, les piques fusaient de toute part », se souvient-elle. Maeva, 19 ans à l’époque, pense alors que, pour s’intégrer à l’équipe, mieux vaut cultiver son sens de la repartie. « Ce soir-là, j’ai dû envoyer une blague de trop, parce que le patron s’est dirigé vers moi et m’a mis une fessée devant tout le monde. » S’ensuivent des excuses, qui paraissent servir en premier lieu à laver l’agresseur de sa propre culpabilité. « Il m’a dit que ce n’était pas un geste sexuel, que c’était comme une tape sur l’épaule à un pote. » Elle-même interprète alors cette action « comme une manière de me punir d’être une jeune femme et d’oser faire des blagues à un homme plus âgé ». L’intime conviction qu’il n’aurait jamais tapé les fesses d’un homme démultiplie la violence du geste. « Cette claque, c’est un peu comme s’il m’avait dit : “Ton corps, tes fesses, j’en fais ce que je veux, et personne ne va rien faire.” » La main aux fesses en milieu professionnel, présentée comme un fait social amusant jusque dans les années 1980 à la télévision, est désormais reconnue comme une agression sexuelle, et la peine encourue est de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende. Selon une étude de l’Insee publiée en 2019, près d’une victime sur dix est agressée sur son lieu de travail. Des violences majoritairement impunies, puisque 70 % des victimes ne signalent pas les faits à leur employeur, par crainte de représailles, selon un rapport syndical de 2019. Il vous reste 77.35% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
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