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Italie : après le meurtre policier d'Abderrahim Fakir, la colère monte dans les rues de Bologne

Italie : après le meurtre policier d'Abderrahim Fakir, la colère monte dans les rues de Bologne

Dimanche 19 juillet, Abderrahim Fakir est assassiné par la police dans le quartier populaire du Pilastro, à Bologne en Italie. La vidéo qui montre sa mort devient immédiatement virale sur les réseaux et soulève un vent d'indignation dans le pays, se traduisant par des appels à la grève et des manifestations massives dans les rues de la ville. International / Italie / ​Bloc de Six – 6 / Mobilisation / #JusticeForGeorgeFloyd / Violence d'État / Giorgia Meloni / Violences policières / Fratelli d'Italia

Dimanche 19 juillet, Abderrahim Fakir est assassiné par la police dans le quartier populaire du Pilastro, à Bologne en Italie. La vidéo qui montre sa mort devient immédiatement virale sur les réseaux et soulève un vent d'indignation dans le pays, se traduisant par des appels à la grève et des manifestations massives dans les rues de la ville. Dimanche 19 juillet, Abderrahim Fakir, un homme d'origine marocaine de 42 ans, est assassiné par la police dans le quartier populaire du Pilastro, à Bologne, dans le nord de l'Italie. L'un des derniers véritables quartiers ouvriers de la ville, marqué par une importante population migrante, le Pilastro est depuis des années la cible privilégiée de la rhétorique sécuritaire et raciste de la droite italienne. C'est ici qu'est filmée une vidéo de plusieurs minutes, devenue virale sur les réseaux sociaux. On y voit Abderrahim Fakir immobilisé au sol, visage contre l'asphalte, aspergé de spray lacrymogène, menotté et étouffé par plusieurs policiers sous le regard des secours. Dans cette scène d'effroi, deux policiers maintiennent Fakir face contre terre tandis qu'un troisième lui immobilise les jambes. Ses poignets sont attachés derrière son dos, puis ses chevilles sont ligotées à l'aide de liens en plastique alors qu'on l'entend répéter à plusieurs reprises : « Aiuto, aiuto, basta » (« À l'aide, à l'aide, arrêtez »). Sa voix s'affaiblit progressivement avant de disparaître. Son corps cesse alors de bouger tandis que les policiers poursuivent son immobilisation. Les images rappellent inévitablement celles du meurtre de George Floyd aux États-Unis : un homme maintenu au sol jusqu'à son dernier souffle, implorant désespérément qu'on lui vienne en aide avant de succomber, le tout sous le regard des caméras. Mais loin d'être un « dérapage » isolé, l'assassinat d'Abderrahim Fakir s'inscrit dans un climat de durcissement sécuritaire et raciste qui traverse aujourd'hui l'Italie et, plus largement, l'ensemble de l'Europe. Un crime policier dans un climat raciste et sécuritaire L'assassinat d'Abderrahim Fakir intervient dans un contexte particulièrement réactionnaire en Italie. Quelques mois seulement après l'adoption du nouveau décret sécuritaire du gouvernement Meloni, le « bouclier pénal » accordé aux policiers a été immédiatement activé dans cette affaire. Les deux policiers impliqués ainsi que les quatre secouristes présents bénéficient d'une procédure spécifique qui leur évite dans l'immédiat d'être enquêtés, et facilitant l'archivage du dossier en cas d'identification d'une « cause de justification » comme la légitime défense. Ce meurtre n'est par ailleurs pas un cas isolé. En janvier dernier, un autre immigré marocain, Abderrahim Mansouri, âgé de 28 ans, était tué d'une balle dans la tête près de Milan par un policier qui prétendait avoir agi en état de légitime défense. Quelques semaines plus tard, l'enquête conduisait pourtant à l'arrestation du policier pour homicide volontaire. Ce crime intervient également dans un climat politique profondément raciste. Figure montante de l'extrême droite italienne, le général Roberto Vannacci se situant à la droite de Meloni, multiplie depuis plusieurs années les appels à la « remigration » des immigrés et les attaques contre les noirs et les arabes, les féministes et les homosexuels. Sans surprise, le vice-Premier ministre Matteo Salvini ainsi que Galeazzo Bignami, chef du groupe parlementaire de Fratelli d'Italia au pouvoir, ont immédiatement pris la défense des policiers impliqués. Vannacci, lui, a préféré dénoncer « la violence de la gauche » après les manifestations qui ont suivi le meurtre. Dans le même temps, la télévision publique italienne locale a tout simplement censuré le reportage consacré à la mort d'Abderrahim Fakir . La direction du journal télévisé régional de la Rai a refusé de diffuser les images montrant l'homme appeler à l'aide et a exigé du journaliste qu'il retire l'expression « intervention violente », provoquant un tollé parmi les syndicats de journalistes italiens. Enfin, l'avocate de Fakir a révélé que celui-ci craignait depuis plusieurs mois d'être expulsé du territoire italien malgré le fait qu'il y vive depuis l'âge de cinq ans et qu'il soit en « parfaite situation de régularité » . Le nouveau Pacte européen sur la migration et l'asile et le durcissement permanent des politiques migratoires avaient légitimement nourri ses inquiétudes. À la peur quotidienne de l'expulsion s'est finalement substituée la violence mortelle de l'État. « Ils ont tué mon frère de sang-froid. J'exige justice », a dénoncé sa sœur Khadija Fakir, donnant des mots à une colère qui, quelques heures plus tard, allait déferler dans les rues de Bologne. La mobilisation gagne les rues et les lieux de travail La réaction populaire ne s'est pas fait attendre. Dès le soir du meurtre, plusieurs milliers de personnes se sont spontanément rassemblées dans les rues du Pilastro. Le lendemain, un nouveau rassemblement réunissant près de 5000 personnes était organisé à Piazza Maggiore sur appel de la famille de Fakir. Dans une tentative de résorber la colère et la conflictualité qui avait émergé la veille, le maire Matteo Lepore, du Parti démocrate (centre-gauche), s'est associé à l'appel. Il n'a pas hésité, lors du rassemblement, à rappeler toute sa « confiance dans l'État », ajoutant que Bologne avait « de nombreuses raisons de douter de l'État » mais qu'elle restait « de son côté ». À l'image d'une large partie de la gauche institutionnelle du pays, il a soigneusement multiplié les euphémismes, expliquant que Fakir serait simplement « mort » ou « parti », sans jamais nommer ses meurtriers policiers. Une prise de parole qui a suscité la colère d'une partie des manifestants, qui ont répondu qu'il avait été assassiné, scandant « Assassins ! Assassins ! ». Des banderoles réclamaient « Justice et vérité pour Fakir » et exigeaient le retrait immédiat du bouclier pénal accordé aux forces de l'ordre. À l'issue du rassemblement, une partie importante des manifestants s'est mise en cortège vers la préfecture et les sièges du pouvoir judiciaire et policier de la ville, pour dénoncer la responsabilité de l'institution policière et de l'État dans ce crime. La réponse des autorités a été immédiate : charges policières et coups de matraque ont accueilli les manifestants. Entre les camions à eau et la pluie de gaz lacrymogène qui s'est abattue sur les rues du centre-ville, c'est avec un dispositif répressif inouï que l'État a répondu. Face à la violence de la répression le maire de Bologne a bien pensé de se désolidariser des manifestants, en allant jusqu'à affirmer que ceux qui s'étaient rendus devant la préfecture s'étaient placés « en dehors de notre communauté démocratique ». Mais la mobilisation ne s'est pas limitée aux rues de Bologne. Dans la nuit du 20 juillet, le syndicat de base SI Cobas avec le soutien de la CUB ont proclamé une grève régionale de vingt-quatre heures dans la logistique. À l'Interporto de Bologne, principale plateforme logistique de la région et lieu où travaillait anciennement Abderrahim Fakir, les travailleurs ont bloqué les accès aux entrepôts et aux poids lourds transportant des marchandises. Fakir était lui-même un ancien militant du SI Cobas. De son côté, l'USB Logistica a appelé à deux heures de grève dans tous les entrepôts du pays . La grève dans la logistique après la mort de Fakir montre la voie : faire sortir la lutte contre les violences policières du seul terrain judiciaire pour la porter directement sur les lieux de travail. La bourgeoise italienne exploite une main d'œuvre racisée et souvent privée de papiers pour maintenir ses profits dans des secteurs aussi divers que la logistique, l'industrie textile ou l'agriculture. Dans le même temps, elle alimente le racisme pour mieux diviser les travailleurs et maintenir une hégémonie toujours plus fragile. Au moment où Meloni commence à être affaiblie et où quelqu'un comme Vannacci propose un racisme encore plus décomplexé, il est urgent pour le mouvement ouvrier italien de faire de la lutte contre le racisme et contre les violences d'État l'une de ses priorités. Si le meurtre de Fakir rappelle celui de George Floyd aux États-Unis, il faut se rappeler que celui-ci a déclenché un vaste mouvement de masse antiraciste avec Black Lives Matter. De même, l'expérience de la lutte contre ICE à Minneapolis constitue une source d'inspiration : en combinant auto-organisation populaire, mobilisation de la jeunesse et intervention large des travailleurs, elle a permis de construire un véritable rapport de force face à l'offensive raciste et répressive de l'État. La mobilisation pour exiger justice et vérité pour Fakir est déjà en train de s'étendre à l'ensemble de l'Italie. Ces derniers jours, des rassemblements et manifestations ont eu lieu dans des dizaines de villes italiennes : Rome, Naples, Pise, Florence, Milan, etc. Il faut s'appuyer sur cette indignation massive qui s'exprime dans les rues et l'articuler à l'appel à la grève lancé par Si Cobas et l'USB pour tenter d'étendre le mouvement à de larges secteurs de travailleurs. Ce vendredi 24 juillet est appelée une nouvelle assemblée à Bologne pour discuter des suites du mouvement : c'est uniquement par une telle organisation à la base, que ce soit dans les quartiers ou sur les lieux de travail, qu'il sera possible de faire face à la violence de l'État. Après l'échec de son référendum sur la justice et ses reculades sur la Palestine, Meloni est plus fébrile que jamais. L'effervescence produite par le meurtre de Fakir montre que les braises de « Blocchiamo Tutto » sont toujours là. Il s'agit maintenant de les raviver pour exiger vérité et justice pour Fakir, et être capable de mettre en échec le projet raciste et sécuritaire de l'extrême droite italienne. International / Italie / ​Bloc de Six – 6 / Mobilisation / #JusticeForGeorgeFloyd / Violence d'État / Giorgia Meloni / Violences policières / Fratelli d'Italia

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