La genèse d’Ubisoft et la revanche des « ploucs » du jeu vidéo : de la campagne du Morbihan aux JO de Paris 2024

« La saga Ubisoft » (1/6). L’entreprise a eu 40 ans au printemps 2026. La PME bretonne, cofondée par les cinq frères Guillemot, est devenue un géant mondial du jeu vidéo. Et traverse une violente crise.
La silhouette encapuchonnée court à toute vitesse sur les toits de Paris, sous une pluie battante. Abrités sous un parapluie dans les rues de la capitale, ou plus confortablement installés devant leur télévision, un petit milliard de spectateurs vibrent, ce 26 juillet 2024, en suivant le porteur de la flamme olympique qui survole la Seine en tyrolienne, se glisse dans le théâtre du Châtelet ou sur le chantier de rénovation de la cathédrale Notre-Dame. Qui est donc cet intrigant personnage ? Pour les amateurs de jeux vidéo, la réponse est évidente : capuche, vêtements, mouvements, tout rappelle les héros de la saga Assassin’s Creed, dont un épisode, Unity, se déroulait dans le Paris de la révolution française et permettait d’escalader des monuments emblématiques de la capitale. Pendant plusieurs jours, le directeur du jeu, Marc Albinet, croira à une simple coïncidence... Mais Thomas Joly, le directeur artistique de la cérémonie, compte parmi les fans d’Assassin’s Creed. Ils sont nombreux : avec 230 millions de copies vendues depuis le premier épisode, c’est une référence du jeu vidéo, et la locomotive d’Ubisoft. « C’était une belle reconnaissance », dit dans un sourire Yves Guillemot, PDG de la société depuis quarante ans, qui répond au Monde, début mai, dans son bureau, au siège du groupe à Saint-Mandé (Val-de-Marne). « Mon téléphone vibrait en permanence. Les équipes étaient super fières. » « Les équipes » d’Ubisoft, cela représente 17 000 employés environ, sur quatre continents, dont 3 700 à Montréal, où est né Assassin’s Creed et où « Ubi », comme on l’appelle dans le milieu, a implanté le plus grand studio de jeux vidéo au monde. Ubisoft c’est, au-delà des emplois, une forme de soft power français, un titre de gloire, longtemps la seule entreprise européenne du secteur capable d’en remontrer aux grands groupes américains et japonais. Le monde politique l’a bien noté. En octobre 2004, Jacques Chirac fait un crochet par les locaux d’Ubisoft à Shanghaï lors d’un déplacement dans la capitale économique chinoise. Médusé, le président, qui ne comprend pas bien la différence entre jeu vidéo et dessin animé, accepte de prendre en main une manette de Xbox pour s’essayer brièvement à Splinter Cell. Dix-huit ans plus tard, c’est à l’Elysée qu’Emmanuel Macron teste un autre jeu Ubisoft, Trackmania, pour faire la promotion du développement de l’e-sport en France. Il vous reste 77.92% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
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