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L'ASU, le BIR et les secrets de l'aéroport : comment la mort du colonel Biloa a révélé les failles du système sécuritaire camerounais

L'ASU, le BIR et les secrets de l'aéroport : comment la mort du colonel Biloa a révélé les failles du système sécuritaire camerounais

Un colonel de l'unité de sécurité aéroportuaire meurt dans un incendie nocturne à Yaoundé. Un agent des renseignements rédige une note classifiée recommandant une enquête approfondie. Il est rappelé à l'ordre. Aucune investigation n'est...

Un colonel de l'unité de sécurité aéroportuaire meurt dans un incendie nocturne à Yaoundé. Un agent des renseignements rédige une note classifiée recommandant une enquête approfondie. Il est rappelé à l'ordre. Aucune investigation n'est ouverte. Jeune Afrique révèle comment cet épisode expose les contradictions profondes d'un dispositif sécuritaire conçu pour protéger le pouvoir — pas les ressources de la nation. Dans l'architecture sécuritaire camerounaise, l'Airport Security Unit occupe une position singulière. Créée en juillet 2019, liée au Bataillon d'intervention rapide (BIR), cette unité a été investie par l'Autorité aéronautique de l'essentiel des compétences de sécurité des aéroports internationaux du pays. Ses directeurs sont des colonels du BIR. Son fonctionnement relève du secret défense. Et son efficacité, comme Jeune Afrique l'a documenté tout au long de cette enquête en trois volets, est sujette à de graves interrogations dès lors qu'il s'agit d'empêcher l'exportation illicite d'or. La mort du colonel Clément Patrice Biloa, commandant de l'ASU de Yaoundé-Nsimalen, dans l'incendie du Liv's le 23 janvier 2022, jette une lumière crue sur ces contradictions — et sur ce que Jeune Afrique révèle être une volonté délibérée d'étouffer les questions qui dérangent. Immédiatement après l'incendie, un agent des renseignements camerounais produit une note interne que Jeune Afrique a pu consulter. Le document est explicite : « Cet incendie ne peut être traité comme un simple accident. » L'auteur de la note développe un raisonnement fondé sur la nature même des fonctions du colonel Biloa : un homme qui contrôle qui entre et qui sort d'un aéroport international, dans un pays « gangrené par la corruption » selon les propres termes de Jeune Afrique, ne peut mourir dans des circonstances aussi troubles sans que la question des motivations soit sérieusement posée. La réaction des autorités à cette note est, à elle seule, révélatrice. Selon Jeune Afrique, son rédacteur fut rappelé à l'ordre — « tancé », selon le terme utilisé par nos confrères. Aucune enquête ne fut ouverte. Le colonel fut simplement remplacé par un autre officier du BIR. Et l'incident fut refermé comme on referme un dossier gênant. Pour comprendre pourquoi la mort du colonel Biloa ne pouvait pas être traitée comme un simple fait divers, il faut comprendre ce qu'est réellement l'ASU et ce qu'elle contrôle. Comme le révèle Jeune Afrique, cette unité surveille les mouvements de l'ensemble du personnel présent dans les zones aéroportuaires sensibles : agents d'Aéroport du Cameroun, policiers, douaniers, agents du renseignement, personnel des compagnies aériennes. Elle contrôle les accès aux tarmacs. Elle gère le système de badges. Elle dispose d'un réseau de caméras de vidéosurveillance couvrant l'ensemble des zones de sécurité. En d'autres termes, le commandant de l'ASU de Yaoundé-Nsimalen sait — ou peut savoir — qui passe par quel couloir, à quelle heure, avec quoi. Dans un système où l'or illégal transite massivement par voie aérienne, selon les révélations de Jeune Afrique, un tel poste est stratégique. Il peut être un poste de contrôle effectif — ou un poste de couverture. Il peut permettre de stopper le trafic — ou de le faciliter moyennant des arrangements dont seul le titulaire du poste connaît les termes. Ce qui rend le système particulièrement opaque, et particulièrement difficile à réformer, c'est le bouclier juridique dont bénéficie l'ASU : le secret défense. L'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) a certes audité et validé les procédures générales du dispositif. Mais comme le souligne Jeune Afrique, elle ne peut pas contrôler ce que le BIR fait ou ne fait pas à l'abri de cette classification. Aucun audit externe indépendant n'a jamais été conduit sur le fonctionnement concret de l'ASU — et le gouvernement camerounais n'a annoncé aucun plan pour en diligenter un. La mort du colonel Biloa, la note de renseignement étouffée, le refus d'ouvrir une enquête : autant d'éléments qui s'accumulent pour dessiner le portrait d'un système sécuritaire conçu, en dernière analyse, pour protéger certains intérêts — pas nécessairement ceux de l'État camerounais dans son ensemble. Tant que l'ASU fonctionnera sous le sceau du secret défense, sans contrôle externe effectif, la question de savoir pourquoi l'or camerounais continue de s'envoler par des aéroports officiellement sécurisés restera sans réponse satisfaisante.

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