Le sucre est-il “toxique” ?

Dans sa rubrique “Est-il vrai que... ? ”, le quotidien britannique “The Guardian” tente de répondre aux questions que l’on s’est toutes et tous déjà posées. Cette semaine, la mauvaise réputation du sucre n’est pas à prendre au pied de la lettre.
“C’est une idée reçue répandue”, constate Emily Leeming, diététicienne au King’s College de Londres. Et particulièrement sur les réseaux sociaux. D’après elle, cela vient souvent du fait que les gens se sentent mieux quand ils arrêtent les aliments riches en sucre. Mais il y a peut-être une autre explication : quand on ne mange plus de sucreries ultratransformées, on compense par des aliments plus sains, et c’est la qualité de tout le régime alimentaire qui s’améliore. Pour Emily Leeming, les influenceurs qui affirment que le sucre est “toxique” le voient souvent comme un élément foncièrement nocif, seul responsable de la prise de poids, du diabète ou de problèmes cardiaques. Mais dans des études contrôlées où l’apport calorique est stable, rien n’indique que les régimes riches en sucre aient un effet néfaste sur la masse corporelle, le métabolisme ou d’autres indicateurs clés. “Sur le plan nutritionnel, manger trop peu de fruits, de légumes ou de céréales complètes n’est pas l’idéal. Mais dans ce contexte, le sucre en lui-même n’est pas mauvais.” Alors d’où vient cette mauvaise réputation ? Il faut aller chercher du côté des calories, souvent trop nombreuses dans les aliments très sucrés. Quand l’alimentation dépasse les besoins énergétiques, cela peut entraîner une hausse de marqueurs de l’inflammation. En outre, une glycémie qui reste élevée durablement augmente la formation de produits de glycation avancée, des toxines associées au vieillissement et à l’apparition de certaines maladies. “C’est quand le taux de sucre dans le sang est élevé en permanence qu’il peut y avoir des effets nocifs, et non en mangeant un peu de sucre ajouté de temps en temps”, indique Emily Leeming. Autre détail à garder à l’esprit, tous les produits sucrés ne se valent pas. Au Royaume Uni, il est recommandé de ne pas dépasser 30 grammes de “sucres libres” par jour – des sucres ajoutés dans des aliments comme les sucreries ou les biscuits, mais qu’on retrouve aussi dans les jus de fruits. Toutefois, le sucre des fruits frais ne compte pas, parce qu’il est compris dans la structure du fruit et qu’il est accompagné de fibres et de micronutriments. “Ça m’énerve d’entendre, parfois, qu’il ne faut pas manger tel ou tel fruit parce qu’il est riche en sucre, confie Emily Leeming. C’est un mauvais conseil.” L’indépendance et la qualité caractérisent ce titre né en 1821, qui compte dans ses rangs certains des chroniqueurs les plus respectés du pays. De centre gauche, proeuropéen, The Guardian est le journal de référence de l’intelligentsia, des enseignants et des syndicalistes. Contrairement aux autres quotidiens de référence britanniques, le journal a fait le choix d’un site en accès libre. Il est passé au format tabloïd en 2018. Cette décision s’inscrivait dans une logique de réduction des coûts, alors que The Guardian perdait de l’argent sans discontinuer depuis vingt ans. Une stratégie payante : en mai 2019, la directrice de la rédaction, Katharine Viner, a annoncé que le journal était bénéficiaire, une première depuis 1998.
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