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Le téléphone dans la chambre : ennemi du couple ?

Le téléphone dans la chambre : ennemi du couple ?

Premier réflexe au réveil. Dernier geste avant de s’endormir. Le cellulaire s’est invité jusque dans la chambre à coucher. S’il perturbe le sommeil, il peut aussi gruger les moments de complicité du couple. Comment redonner de la place à l’intimité ?

Premier réflexe au réveil. Dernier geste avant de s’endormir. Le cellulaire s’est invité jusque dans la chambre à coucher. S’il perturbe le sommeil, il peut aussi gruger les moments de complicité du couple. Comment redonner de la place à l’intimité ? « Dès qu’on monte, c’est terminé. » Chez Claudia Bélanger, enseignante à Pointe-aux-Trembles, le téléphone n’a jamais eu sa place dans les chambres. Les cellulaires demeurent au rez-de-chaussée, autant ceux des parents que ceux de leurs garçons âgés de 13 et 17 ans. « La chambre, c’est fait pour se reposer », résume la quinquagénaire. Cette règle existe depuis toujours. « On est habitués, on le fait depuis qu’on est jeunes ! », lui ont récemment répondu ses fils lorsqu’elle leur a demandé pourquoi ils ne réclamaient jamais leur téléphone à l’étage. Vingt ans après le début de leur relation, elle est convaincue que cette habitude profite aussi à son couple. « Quand mon chum est sur son cellulaire, il est dans sa bulle. Et de mon côté, je suis dans ma bulle. On est ensemble, mais pas vraiment ensemble... » Obstacle à l’intimité Le téléphone est-il devenu un nouvel intrus dans la chambre à coucher ? Pour la psychologue et conférencière Rose-Marie Charest, il ne s’agit pas seulement d’une question de sommeil. « C’est un handicap à l’intimité, parce qu’à partir du moment où le téléphone est là, on est moins présent à l’autre », dit-elle. Selon elle, le problème dépasse l’appareil lui-même. Lorsque chacun regarde son écran, les occasions de connexion diminuent. « Et le risque, c’est qu’on s’ennuie ensemble », laisse tomber Mme Charest. Cette absence de disponibilité n’est pas sans conséquences. « Si j’ai un problème dont j’ai envie de parler avec mon conjoint puis qu’il est sur son téléphone, ça se pourrait que je me dise que ce n’est pas le bon temps pour lui en parler. Ça finit que ce n’est jamais le bon temps. » Le téléphone peut aussi nourrir certains doutes, même dans les couples qui vont bien. « Il y a quelque chose d’insécurisant. Tu te dis : “Il est sur son téléphone. Qu’est-ce qu’il fait ?” », raconte Claudia Bélanger. Connexions humaines Selon Kanica Saphan, fondatrice du cabinet Le Sofa Sexologique, le téléphone revient souvent dans les discussions lorsque des couples confient ne plus se sentir aussi proches. « C’est grâce aux discussions qu’un couple se sent connecté, dit-elle. Même si c’est seulement 10 minutes d’échanges avant de dormir à la place de scroller pendant 10 minutes, cela a un impact. » Elle observe surtout cette réalité chez les couples de longue date. L’experte nuance : « Je ne veux pas qu’on démonise le téléphone. Il faut plutôt se demander à quoi il sert et s’assurer de contrebalancer intentionnellement avec des moments de connexion humaine. » Un sommeil plus fragile Pour Josée Demers, le téléphone est devenu une tentation lorsqu’elle se réveille dans la nuit. « Je me dis : “Bon. Je ne vais quand même pas aller faire du jogging à 4 h du matin. Qu’est-ce que je fais ?” Alors je prends mon cellulaire. » Son conjoint est persuadé que cette habitude nuit à son sommeil. « Il a sans doute raison de penser que si je ne l’avais pas, je finirais par me rendormir », note la femme de 54 ans. Marie-Annick Lalande, qui travaille en communications à Montréal, a récemment adopté une nouvelle habitude : son téléphone dort désormais à l’extérieur de la chambre. « Je prenais mon téléphone pour regarder quelque chose, je me mettais à regarder d’autres choses, à scroller un peu », confie-t-elle. Elle apprécie cette déconnexion, qui lui évite de tomber sur un courriel de travail ou une notification avant de s’endormir. Petit à petit Selon la psychologue Rose-Marie Charest, mieux vaut éviter d’imposer une interdiction du jour au lendemain. Kanica Saphan, thérapeute formée en sexologie, invite également les couples à discuter ouvertement de leurs attentes. « Il faut être intentionnel », dit-elle. Au bout du compte, rappelle Rose-Marie Charest, l’enjeu n’est pas seulement de réduire son temps d’écran, mais bien de remettre le couple au cœur de ses priorités : « Ça donne plus d’importance aux personnes, ça donne plus d’importance à la relation. »

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