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L’Odyssée : le premier grand livre de l’Occident

L’Odyssée : le premier grand livre de l’Occident

Première partie : pourquoi L’Odyssée nous parle-t-elle encore.

L’Odyssée : le premier grand livre de l’Occident Première partie : pourquoi L’Odyssée nous parle-t-elle encore. Durée de lecture: 11 Min. Durée de lecture: 11 Min. « Chante aussi pour notre temps », demande Homère à sa muse au début de son poème épique, L’Odyssée. Près de trois millénaires après sa rédaction, la muse chante encore. Le premier mot du poème d’Homère est « l’homme » (Andra). C’est révélateur, car Ulysse, célèbre héros de guerre qu’Homère décrit d’emblée comme polytropos (« l’homme aux mille tours » ou « aux mille ruses »), n’est pas n’importe quel homme. C’est un homme sage et rusé. Dans un épisode, Ulysse affronte un monstre cyclope qui se vante de s’appeler Polyphème (en grec, « celui dont on parle beaucoup ») et lui demande de révéler son identité en retour. Le très prudent Ulysse lui répond, avec une ironie mordante, que son nom est Personne. On s’émerveille de la prévoyance d’Ulysse peu après : une fois lui et ses hommes ayant aveuglé Polyphème pour éviter d’être dévorés, le monstre appelle ses voisins à l’aide en criant que « Personne » est en train de l’attaquer. Ses voisins refusent naturellement de lui venir en aide. L’homme aux mille ruses triomphe de la bête orgueilleuse et myope grâce à sa sage discrétion. La vision erronée d’un chef-d’œuvre Nous pensons connaître L’Odyssée et ce dont elle traite. Le réalisateur oscarisé Christopher Nolan, dont le film L’Odyssée est actuellement en salles, exprime l’avis général lorsqu’il la qualifie de « récit d’aventure ultime ». Mais et si nous avions mal compris ce célèbre poème ? Et si Homère n’avait jamais eu l’intention de raconter l’histoire d’aventure ultime ? Et si son but n’était pas de nous distraire ? C’est le grand philosophe Platon qui nous oriente vers une meilleure compréhension. Dans La République, Socrate note que ses contemporains appellent Homère « l’éducateur de la Grèce ». Ailleurs, Aristote l’appelle « le maître ». C’était la vision unanime des Grecs. Ces affirmations semblent étranges à nos oreilles modernes. Nous pensons que l’éducation passe par des manuels scolaires, dans des écoles ou des universités. L’éducation est devenue une industrie. Les histoires ne sont là que pour le divertissement. Les Grecs, cependant, considéraient que l’éducation était moins la diffusion (ou la production) de connaissances qu’un processus d’apprentissage de la sagesse et de la vertu. Les belles histoires comme celles d’Homère forment le caractère. Elles modélisent la sagesse et la vertu. Les enfants apprennent à imiter le courage en observant Achille. Ils apprennent la sagesse à travers Mentor. La prudence et le discernement à travers Ulysse. La fidélité à travers Pénélope. L’hospitalité à travers Eumée. Bien avant que la philosophie n’analyse la vertu, Homère nous en a donné des personnifications. Et puisque, comme l’a observé Aristote, les humains sont les créatures les plus enclines à l’imitation, qu’ils apprennent leurs premières leçons par l’imitation et prennent un plaisir naturel à contempler des représentations, il est logique qu’un grand poète comme Homère soit le meilleur des enseignants. Nous prenons plaisir à mesure qu’il enseigne. Considérer Homère comme un enseignant change du tout au tout notre lecture de L’Odyssée. C’est la raison pour laquelle la muse d’Homère chante toujours. Il ne se contente pas de nous émerveiller : il nous enseigne ce que signifie être humain. Si Homère est un enseignant et qu’Ulysse est son modèle de sagesse, alors nous devons voir en Homère un maître en sagesse. Qu’enseigne Homère, et comment s’y prend-il ? Homère éduque au désir Le désir est un fil conducteur rouge qui traverse les épopées d’Homère. Le désir illicite de Pâris pour Hélène a provoqué une guerre qui a détruit Troie. Homère ne se contente pas de mettre en garde contre l’influence néfaste d’Aphrodite, la déesse de l’amour ; il pointe la préférence de Pâris pour la passion au détriment de la sagesse. Les hommes qui ne maîtrisent pas leurs appétits s’engagent sur la même voie de perdition. Nous devons apprendre à aimer la sagesse, tout comme Ulysse. Les monstres qu’affronte Ulysse ne sont pas de simples créatures : ils représentent des tentations. Calypso tente Ulysse en lui offrant le confort éternel dispensé de tout devoir. Les Lotophages incitent les hommes à oublier leur passé douloureux. Circé propose une soumission irréfléchie aux appétits. Scylla et Charybde nous invitent à réduire la vie au choix du moindre mal. Les Sirènes offrent l’hégémonie d’une gloire immortelle, mais privée de ce qui rend une vie humaine accomplie : une famille, un foyer, une cité et l’héritage d’un nom dont on peut être fier. Chaque épisode pose la même question : qui ou quoi gouverne l’âme ? Réduire L’Odyssée d’Homère à un simple récit d’aventure revient à considérer « Personne » comme son protagoniste. L’Odyssée n’est pas un simple récit d’aventure. C’est une psychagogie : un « voyage de l’âme ». Quand Homère inspire Platon « La caractérisation générale la plus sûre de la tradition philosophique européenne est qu’elle se compose d’une série de notes de bas de page s’ajoutant à Platon. » — Alfred North Whitehead Platon décrit l’âme (en grec psyché) comme étant composée de trois parties, chacune animée d’un désir qui la met en conflit avec les autres. Dans La République, Platon bâtit une cité entière pour illustrer son âme tripartite (la raison, le cœur/l’esprit, l’appétit), complétée par ses trois fonctions civiques représentatives (le dirigeant, le gardien, le consommateur). Bien que chaque partie de l’âme remplisse sa fonction et doive recevoir ce qui lui est dû, Platon soutient que pour qu’un individu ait une âme bien ordonnée et mène une vie juste et harmonieuse, la raison doit gouverner les deux autres parties. Où a-t-il puisé cette idée ? Sans aucun doute chez Homère, « l’éducateur de la Grèce ». Ulysse est un homme extrêment calculateur, mais il ne réussit que lorsque sa raison le gouverne. Ses compagnons, en revanche, périssent parce qu’ils se laissent dominer par leurs appétits. Si la tradition philosophique occidentale est une suite de notes de bas de page à Platon, son maître méconnu est Homère. Le voyage de l’âme qui est au cœur de l’analyse philosophique de Platon a d’abord été cartographié dans la grande aventure d’Ulysse. Pourquoi L’Odyssée nous parle-t-elle encore ? Ce n’est pas en raison de ses péripéties, mais parce qu’elle chante la nature humaine à travers une symphonie d’images profondes. Elle englobe aussi bien les dieux que le Monde des morts. Et la nature humaine n’a pas changé. L’Odyssée nous captive aujourd’hui, tout comme elle captivait le public originel d’Homère, parce que nous n’avons aucunement progressé sur ce que nous sommes. Nous croisons toujours des Lotophages : Les traumatismes de la vie nous poussent à vouloir oublier ce qui s’est passé plutôt qu’à en tirer de la sagesse. Beaucoup se réfugient dans les drogues ou développent des habitudes autodestructrices pour éviter d’affronter des expériences terribles et terrifiantes. Nous croisons toujours des Sirènes : Le monde (et les réseaux sociaux) nous fixe sur notre image publique au détriment de nos proches les plus chers. Une vie attachée au mât au milieu d’une mer couleur de vin. Nous croisons toujours des Circé : Nous nous abandonnons à une vie de surconsommation pour nous dispenser de réfléchir à la question de savoir si le vice ou la vertu ont encore de l’importance. Nous croisons toujours des Cyclopes : De nombreux cyniques nous incitent à vivre affranchis de l’ordre de la civilisation, qu’ils prétendent fondamentalement mauvais. Nos Cyclopes modernes voudraient nous faire vivre sans technologie, nous pousser à ignorer la réalité du bien et du mal, et à ridiculiser le sacré. Ils scandent à tue-tête que la civilisation occidentale doit disparaître. À l’image de la chanson Imagine de John Lennon, ce sont des athées qui imaginent « qu’il n’y a pas de Ciel », « pas d’Enfer sous nos pieds », et « au-dessus de nous, seulement le ciel ». En ce sens, le monde d’Homère est le nôtre. Seuls les noms ont changé. Nos monstres sont des distractions : le consumérisme, la pornographie, le pouvoir, l’idéologie, le confort. Les questions d’Homère n’ont pas perdu un iota de leur pertinence. En réalité, il nous aide à identifier nos propres monstres et nous offre un modèle pour les surmonter. Quel genre de personne devenez-vous ? L’Odyssée n’a pas été célébrée parce qu’elle raconte l’histoire spectaculaire du retour chez lui d’un homme extraordinaire. Elle chante encore parce qu’elle nous montre comment nous pouvons retrouver notre propre chemin vers la maison — tout comme Ulysse l’a fait. Non pas vers Ithaque... mais vers une âme juste et harmonieuse. Au cours des prochaines semaines, j’explorerai L’Odyssée d’Homère comme l’une des œuvres fondatrices de l’éducation et de la civilisation occidentales. Accédez à mon guide visuel en anglais de L’Odyssée ici. Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times. Articles actuels de l’auteur

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