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Promenade au cœur de mon village natal: Ksibet-Sousse

Promenade au cœur de mon village natal: Ksibet-Sousse

Par Abdellaziz Ben-Jebria - Il n’est pas situé au bord de la mer; tant mieux, autrement on perdrait notre tranquillité villageoise, et on serait submergé par la horde estivale sauvage. Mais, il n’est pas non plus loin de la plage; c’est à peine 5 km de Boujaâfar-Sousse, de Sidi-Abdelhamid-Sousse ou de Skanès-Monastir. Pourtant, j’ai acheté, dès ma retraite, une petite demeure secondaire qui donne sur la plage de Hammam-Sousse (près de l’hôtel Cléopâtre), pour faire plaisir, à l’époque, à ma mère et à mon épouse. Mais, dès la fin de notre déjeuner en commun, dans ce beau lieu estival, je les laissais toutes les deux faire leurs petites siestes au bord de la ...

Promenade au cœur de mon village natal: Ksibet-Sousse Par Abdellaziz Ben-Jebria - Il n’est pas situé au bord de la mer; tant mieux, autrement on perdrait notre tranquillité villageoise, et on serait submergé par la horde estivale sauvage. Mais, il n’est pas non plus loin de la plage; c’est à peine 5 km de Boujaâfar-Sousse, de Sidi-Abdelhamid-Sousse ou de Skanès-Monastir. Pourtant, j’ai acheté, dès ma retraite, une petite demeure secondaire qui donne sur la plage de Hammam-Sousse (près de l’hôtel Cléopâtre), pour faire plaisir, à l’époque, à ma mère et à mon épouse. Mais, dès la fin de notre déjeuner en commun, dans ce beau lieu estival, je les laissais toutes les deux faire leurs petites siestes au bord de la mer, et je rentrais prendre mon petit sommeil dans ma chambre éternelle que mon père m’avait fait construire, il y a plus d’un demi-siècle, à Ksibet-Sousse, mon village natal. Cependant, l’injustice du sort m’a fait soudain traverser un sentiment d’amertume. En effet, voilà que peu de temps après ma retraite que j’ai pourtant prise précocement pour être tout prêt de ma mère, celle-ci a malheureusement décidé de nous quitter précipitamment et définitivement sans le désir de partir et sans me prévenir, puisque toutes ses données biologiques et son apparente santé physique étaient excellentes. Alors, suite à cet inattendu décès qui m’a terriblement affecté, j’ai immédiatement décidé de me débarrasser de la petite demeure estivale, en l’offrant à ma très chère fille qui en disposait, depuis, à sa guise, en la prêtant de temps à autres à ses proches. Par exemple, pendant que mon épouse y passait de plaisants séjours estivaux en compagnie de sa jeune sœur, je veillais, quant à moi, à la Rahba (place centrale), au cœur du village, avec des amis ksibiens que je n’avais pas vus depuis les années de mes longues périples internationaux professionnels.J’ajoute en passant, que je préférais personnellement les montagnes avec lesquelles je pouvais communiquer solitairement, qui me répondaient automatiquement avec des échos lointains, et qui me fascinaient tant avec les mouvements turbulents des chutes d’eau de leurs impressionnantes jolies cascades, comme c’était le cas à Samoens en Haute-Savoie, lorsque j’y étais moniteur d’une colonie de vacances, pendant ma jeunesse estudiantine. J’admets cependant, que j’aime maintenant contempler la mer hivernale qui me parle personnellement avec le langage rythmé monotonement de ses vagues agitées sinusoïdalement. Je ne fais que prêter silencieusement l’oreille attentive à la manière d’écouter un orchestre musical de composition naturelle. Je me laisse ainsi naviguer dans une profonde douceur du passé, et je me console en même temps de ma furieuse amertume politique du moment. Retour au bercail après cette petite évasion nostalgique. Il ne faut tout de même pas que je m’évade trop de mon sujet, car il s’agit bel et bien de mon Ksibet-Sousse qui était, mais n’est plus tout à fait, un village communautaire au vrai sens du terme, avec sa réelle vie locale d’enracinements familiaux, avec son héritage traditionnel du bon voisinage sociétal, et surtout avec la perpétuelle vitalité architecturale de ses nombreuses impasses historiques (الزنق) qui bifurquent des deux côtés des trois principaux axes qui convergent, tous, vers le nombril du village, et qui lui donnent cette réelle identité villageoise, composée des fameux quatre vieux quartiers: Rahba (الرحبة)(cœur du village), Ksar (القصر)(sommet du village), Toihrya (الطواهرية)(quartier des jolies filles dont mon épouse; une ancienne plaisanterie) et Driba (الدريبة)(quartier des riches paysans; une autre ancienne taquinerie).Alors comment pourrais-je vous faire visiter ce lieu que je considère toujours un village (قرية), en dépit de son extension rapide, au dépend des oliveraies qui l’envoisinaient ? Je vous propose tout simplement de m’accompagner dans ma petite promenade virtuelle qui débute au nombril de la place centrale du village, Rahba, et qui remonte la plus grande pente vers le sommet du village, Ksar. C’est un des quartiers que je connaissais le mieux, puisque j’y suis né et j’y avais grandi en passant toute mon enfance, toute mon adolescence et le début de ma jeunesse. Je pense que je connaissais presqu’aussi bien Toihrya et Rahba et moins bien Driba; quoique je peux me défendre avec les surnoms (nicknames) des Dribiens (نكاعات الدريبين). La balade du temps heureux à la mémoire des surnoms. Commençons d’abord par le quartier d’Er-Rahba (حومة الرحبة) qui se trouve donc au centre du village avec sa propre place centrale à partir de laquelle émergent deux impasses où s’alignent, des deux côtés, des maisons et maisonnettes résidentielles: celle qui commence par Dar (maison) Zaâbar et qui se termine au fond par Dar Ben-Rayèna; puis celle de l’ancienne mosquée qui nous amène vers Diar Hlab, Dali, Ghném, Hréja, Mehchi, et Kahnattou (presque, tous, des surnoms de familles). Poursuivons ensuite notre promenade en direction du ksar pour rencontrer sur notre chemin, à gauche, la toute première impasse des Diar Ben-Jassa, Ben-Chaouacha, Tish, Krifa, Jélléb, Achour, Ben-Ali, Bouali, et Limème. Puis chemin faisant, en continuant notre balade, jetons un coup d’œil à droite sur la deuxième impasse pour saluer Diar Zghida, Kéhili, et Boudellaâ. L’impasse de ma naissance et de mon enfance. Encore un effort pour pénétrer cette fois-ci au cœur de mon impasse où je suis né, dans la maison de mon grand-père maternel, Mohamed Rabbêgue, que je remercie éternellement de m’avoir laissé, entre-autre, des oliviers que j’aimais profondément, depuis que j’étais tout petit. J’avais passé une bonne partie de mon enfance dans cette simple et mémorable impasse au milieu de mes gentils voisins Diar Chaouch. Et bien qu’il y ait eu, dans cette sympathique impasse, un sérieux drame, passé sous silence par la puissante société patriarcale de certains mâles dominants, que je ne pouvais pas oublier en dépit de mon bas-âge, mais dont je ne désire pas dévoiler les conséquences injustes sur la jeune victime féminine, je voudrais cependant saluer mes autres bons voisins-et-frères Si Hassen et Si Abdelhamid, mais aussi la mémoire de Si Hèdi qui avec son jeune frère Si Abdelkader Chaouch, m’avaient fait rêver, car ils étaient mes modèles de réussites scolaires et universitaires, car ils étaient et restaient d’excellents ingénieurs parmi les meilleurs que la Tunisie avait produits.Après cette pause contemplative au sein de l’impasse de mon enfance, nous arrivons enfin au sommet du Ksar avec ses deux places communicantes : la petite devant le Marabout Sidi Ben-Hlima et la plus grande où avait existé l’ancienne fontaine publique du quartier que j’avais fréquentée presque quotidiennement pour aider volontairement ma petite mère à lui transporter les deux jarres d’eau sur le dos de notre âne. J’avais aimé l’ambiance de cette fontaine qui était une plateforme presque exclusivement féminine où j’essayais de tenter ma chance auprès des jolies filles de mon quartier, en naviguant au milieu d’elles pour remplir mes jarres ; une bien naïve et adorable période d’adolescence. Rien n’était évidemment sérieux au-delà du croisement des beaux regards discrets qui exploraient réciproquement les visages, et qui échangeaient les sourires, voire les rires, innocemment prometteurs qui picotaient le cœur, bref d’agréables moments de bonheur; que demandais-je, de plus, à l’âge des sensations amoureuses à haute-fréquence cardiaque? Bon, on s’arrête là tout en signalant les trois dernières impasses du Ksar: celle des Diar Trabelsi, les fameux maçons du village; celle des Diar Zaoui, Skéli, Chilli et Himouch; et la plus longue impasse des Diar Gasmi, Khallêdi, Gaâloul, Oueslati, Walenn, et Hourabi (père d’un de mes meilleurs copains de toujours, Abdelkader Bouassida). On peut faire de similaires promenades en empruntant les deux autres axes avec leurs propres impasses: Rahba→Toihrya; et Rahba→Driba. Mais, ça suffit pour aujourd’hui, car la fatigue prend le dessus. Espoir, suggestions et conclusion. Par ailleurs, notre village a aussi le privilège d’être entouré, tout près, d’une réelle campagne d’oliveraies. Malheureusement, celles-ci se réduisaient progressivement au profit d’une urbanisation galopante, quelques fois anarchique, souvent grandiose pour les apparences, mais rien n’est impressionnant, bref du béton sans verdoyance. Je voudrais cependant mentionner le plaisir de voir quelques rénovations, intelligentes et romanesques, d’anciennes maisons et maisonnettes des parents disparus, comme par exemples celle de Si Abdelkader Chaouch, dans notre ancienne impasse commune; celle de mon actuel bon voisin, Saïd Zaoui, qui a rénové merveilleusement la maison de ses parents, avec un beau jardin d’arbres fruitiers et une belle roseraie; ou celle de son frère Naji-Rachèd qui a aussi rebâti intelligemment, à deux niveaux, la maisonnette de ses grands-parents maternels. Et j’essaie de mon côté d’entretenir tout en rénovant, avec mes jeunes frères, la grande maison traditionnelle de nos parents. Ce faisant, on ne peut qu’embellir notre vrai-et-vieux village, ses quartiers (Houma) et ses impasses. Je suggère fortement de cesser d’abandonner les anciennes maisons de nos parents, en les rénovant quand c’est possible, car les enfants grandissent vite et partiront ailleurs à la recherche d’emplois. Ils ne reviendront que lorsqu’il s’agit d’un patrimoine, même modeste, de leurs anciens à s’y attacher avec intérêt sentimental. Une autre suggestion est d’agrandir la belle place de Ksar qui, en la jumelant avec celle de Sidi Ben-Hlima, fera un beau petit jardin public du quartier, où les voisines-et-voisins pourront se retrouver socialement pour bavarder ensemble sur des bancs, au milieu d’arbres et de plantes fleuries ; bref de la verdoyance qui manque terriblement en ce moment. Je voudrais enfin terminer cette narration villageoise qui me tenait à cœur depuis quelques temps en mentionnant mes agréables et longues soirées, au cours d’un de ces quelques récents étés, au café central d’Er-Rahba, celui de Abdeljalil, en compagnie d’anciens et de nouveaux jeunes amis avec qui je sirotais un thé à la menthe, assez médiocre à mon goût. Mais, je tolère ce breuvage aux bénéfices des jacasseries anecdotiques et des discussions passionnantes, souvent animées par: l’excellent infirmier, Fathi, avec sa bonne humeur, sa générosité, et sa sincère camaraderie villageoise; l’instituteur et poète-écrivain, Hassen-Mondher, avec son interminable passion narrative de poésie et d’anthropologie; le jeune et sympathique banquier, Tarek, avec son engouement pluriculturel et politique; le professionnel du tourisme, Khemaïs, avec sa nouvelle vocation agricole ; le racontar, Rachèd, avec ses connaissances précises de toutes les rumeurs qui circulent dans le village ; et enfin leur ainé-serviteur, Aziz, qui met de côté sa passion scientifique pour se plaindre et critiquer farouchement, avec argumentation-raisonnée, la désastreuse politique du Bled, et le retour envahissant de la religion qui aveugle fréquemment l’œil et qui assourdit quotidiennement l’oreille. Un seul regret ironique dans ces exceptionnelles longues et agréables soirées estivales d’Er-Rahba, c’est l’absence de Fatiha, de Hasna-Mondhra, de Tareka, de Khemaïsa, de Rachèda, et de Aziza (féminisation de ces camarades masculins), pour combler les lacunes du moment et pour compléter la bonne ambiance de ces belles et plaisantes soirées. Alors, la balle est dans votre camp, mesdames et demoiselles Ksibiennes; imposez-vous, libérez-vous et prenez places, parmi ces irréductibles garçons, à l’exemple de notre unique nonagénaire, Dada Halima, mère du patron Abdeljalil, qui est là tous les soirs dans sa chaise roulante, entourée de quelques jeunes qui n’arrêtent pas de rigoler en appréciation de ce qu’elle leur raconte comme plaisanteries du passé. Donc, Er-Rahba est à vous, Sayyidaties-Awanicies (mes dames et mes demoiselles), comme dirait Bourguiba dans sa tombe ! Abdellaziz Ben-Jebria

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