Sénégal : Au football comme en politique, rien ne va

Il suffit d'un rien, une élimination à la Coupe du monde ou le rejet par le Conseil constitutionnel d'une loi de révision constitutionnelle, pour que les esprits s'échauffent et que l'on déballe tout. Chacun, préoccupé de rejeter la faute sur l'autre, y va de sa version et l'on ne reconnaît pas le pays vainqueur de la CAN en football et celui qui a empêché le troisième mandat de Macky Sall en réalisant une alternance improbable en votant comme on fait une holà (tous debout) dès le premier (...) - Editorial
Sénégal : Au football comme en politique, rien ne va Il suffit d’un rien, une élimination à la Coupe du monde ou le rejet par le Conseil constitutionnel d’une loi de révision constitutionnelle, pour que les esprits s’échauffent et que l’on déballe tout. Chacun, préoccupé de rejeter la faute sur l’autre, y va de sa version et l’on ne reconnaît pas le pays vainqueur de la CAN en football et celui qui a empêché le troisième mandat de Macky Sall en réalisant une alternance improbable en votant comme on fait une holà (tous debout) dès le premier tour pour un candidat de substitution. Pourquoi le pays ne peut-il pas surfer sur ses accomplissements de génie et se déchire pour des questions de détail au mépris de l’essentiel, de ce qui peut améliorer le panier de la ménagère ? La politique est-elle vraiment un jeu du tout ou rien ? Comment ce pays, au beau nom de Teranga qui veut dire hospitalité, en d’autres termes accueil, respect de l’autre dans sa diversité refuse-t-il de voir que des amis peuvent être différents et travailler ensemble ? On peut se consoler que les institutions fonctionnent et que le Conseil constitutionnel dise la loi, ce qui départage les adversaires pour un moment. Mais les hostilités entre le président Diomaye Faye et le président de l’Assemblée nationale Ousmane Sonko sont si intenses que les deux camps ne cesseront de se battre tant qu’ils sont debout. Pourquoi se ridiculiser ainsi, comme le dit Koulibaly, le capitaine des Lions, en parlant de la Fédération ? Mais cela vaut aussi en politique. L’histoire devra-t-elle retenir que le Pastef est le parti qui a gagné les élections présidentielle et législatives, laissant à l’opposition une place insignifiante et qui a passé son temps à faire lui-même l’opposition et la majorité ? Et pour quel résultat pour le peuple ? Parlant du football, la Fédération sénégalaise de football, qui a de lourdes responsabilités dans l’échec des Lions du Sénégal qui sont partis aux États-Unis avec un entraîneur qui a signé son contrat avant le premier match de la compétition et sans que les primes des joueurs aient été payées, etc., a essayé de rejeter la responsabilité de l’échec, entre autres, sur le médecin de l’équipe qui serait un gynécologue, ce qui a créé un tollé général puisque le docteur Fediore accompagne les Lions depuis dix ans. L’Association sénégalaise de médecine du sport a considéré cette déclaration comme une diffamation et exige des excuses publiques. En politique, entre le président de la République et le président de l’Assemblée nationale, on a assisté à une démonstration de force. L’Assemblée contre la présidence À peine débarqué du petit palais, comme on appelle la Primature à Dakar, Ousmane Sonko, l’ancien Premier ministre, a pris le costume de président de l’Assemblée nationale et a essayé de déshabiller le président de certains de ses pouvoirs au profit de l’Assemblée. Les modifications de la constitution étaient stratégiques pour la future bataille présidentielle qui se dessine entre Sonko et le président qu’il a appelé tendrement son petit frère, Bachirou Diomaye Faye. Si on prend la limitation du nombre de dissolutions de l’Assemblée, c’est parce qu’il espère qu’après une première dissolution le Pastef retrouvera la majorité et cela priverait le président de cette possibilité. Cette disposition était inutile puisque nous sommes dans la troisième année du mandat de Diomaye qui ne pourra pas dissoudre l’actuel parlement avant novembre. Et dans le meilleur des cas, les nouveaux députés seront élus en 2027 et auront deux ans pour que le président puisse les renvoyer et le mandat de Diomaye serait échu. En faisant cette réforme, c’est pénaliser le futur président si c’est Sonko. C’est la preuve que le Pastef cherche à contrer le président. Le deuxième point important entre les deux amis est le nerf de la guerre, le contrôle des fonds politiques. Pourquoi cela devient urgent maintenant qu’il n’est plus Premier ministre alors qu’il avait aussi une caisse qui ne se justifiait pas pendant deux ans ? Le Pastef veut priver le président de cette manne financière qui servira à le combattre. Ces derniers jours, on entend également Ousmane Sonko affirmer qu’il est haram d’utiliser les ressources de l’État pour financer son parti. Cette déclaration intervient alors que les cartes de membre du Pastef se vendent comme des petits pains. En quelques jours seulement, le parti a ainsi récolté 130 millions de FCFA. C’est normal que Sonko et son parti essaient de contrer leur adversaire Diomaye, qui a prévu de se doter également d’un appareil politique pour rester au pouvoir et compétir en 2029. Et il a réuni 300 maires de communes pour leur annoncer cela à la présidence, qui devient le haut lieu de l’opposition au parti majoritaire, le Pastef. Mais regarder cette révision constitutionnelle comme une opération vertueuse de réforme pour améliorer la démocratie est une vue partielle. Le Conseil constitutionnel ne l’a pas examiné au fond et l’a rejeté pour des questions de procédure et le Pastef devrait s’interroger sur son mode de fonctionnement qui a permis ces erreurs procédurales. Comment les 136 députés qui votent comme un seul homme n’ont-ils pas perçu ces défauts ? Est-ce que cela signifie que le nombre est là mais qu’il manquerait des compétences juridiques au niveau de l’Assemblée pour la modification de la constitution ? Le refus du vote bloqué est une erreur d’interprétation qui porte la seule responsabilité du président de l’Assemblée qui dirigeait les débats. Pour celle-là le fautif est connu, c’est Sonko lui-même. Ce qui dénote de la passion avec laquelle ces deux hommes s’affrontent. L’autre erreur procédurale sur le manque du budget montre que la constitution ne se modifie pas par une seule institution et c’est ce que cette initiative a oublié. Le Pastef est un parti puissant et largement majoritaire. Toutefois, la Constitution sénégalaise actuelle, que le parti souhaite réformer, ne lui permet pas d’agir seul sur tous les dossiers. Pour engager la procédure de révision constitutionnelle, qu’elle passe par un référendum ou par un vote à l’Assemblée nationale, il a besoin de l’intervention du président de la République. Par ailleurs, le chef de l’État dispose de la faculté de proposer des amendements, tandis que le gouvernement conserve un rôle déterminant dans l’élaboration et l’adoption du budget. C’est comme si on a voulu montrer à Diomaye Faye qu’il est insignifiant. Ce qui peut être vrai pour l’homme. Mais pas pour le président de la République du Sénégal qu’il est. Les martyrs de l’insurrection oubliés par tous Les deux hommes ont oublié le peuple sénégalais, sa jeunesse sans emploi qui continue de prendre les pirogues pour affronter la mort en mer pour gagner l’Europe. Le surendettement du pays, la vie chère sont les derniers de leurs soucis. Sonko menace de faire chuter le gouvernement, et de reprendre la modification de la constitution et plein d’autres amabilités envers son « petit frère ». Lequel « petit-frère » veut gagner du temps pour construire son parti que la nouvelle constitution lui interdit de diriger. Aussi il ne se pressera pas pour convoquer un référendum pour la voter si une nouvelle est adoptée après la première. Le temps, c’est ce dont il a besoin pour être en mesure d’aller au vote et il ne le fera que quand il sera prêt. L’ancienne constitution fait du président de la République le maître des horloges et le président de l’Assemblée lira l’heure à sa tocante. Ce qui les anime aujourd’hui, c’est de gagner non plus contre Macky, mais l’un contre l’autre, et dans ce combat ultime qui laissera l’un des deux à terre, tous les coups sont permis. Démissions, limogeages, nominations, l’appareil d’État est soumis à un chambardement des cadres, pour être au service du président et de sa bataille pour rester et se succéder, ce qui est un pied de nez de l’histoire. Sonko et le Pastef semblent sûrs de l’emporter une nouvelle fois. Mais il devrait faire attention à ce que ses futures batailles ne se transforment pas en tout sauf Sonko, car l’ancienne majorité et le PDS semblent déjà être pour Diomaye contre Sonko. Quelle que soit l’issue, on s’achemine vers une alternance vierge dans son contenu tant la victoire a été bâtie sur des incompréhensions et une méconnaissance des hommes. Sana Guy Lefaso.net
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