Top·

Une simple odeur peut vous ramener 30 ans en arrière : la science explique enfin l'effet madeleine de Proust

Une simple odeur peut vous ramener 30 ans en arrière : la science explique enfin l'effet madeleine de Proust
Source:clubic

Le phénomène de la madeleine de Proust vient enfin d'être expliqué par la science. Des chercheurs du CNRS ont identifié les neurones et les circuits cérébraux responsables de ces souvenirs d'enfance ravivés par une simple odeur.

Le phénomène de la madeleine de Proust vient enfin d'être expliqué par la science. Des chercheurs du CNRS ont identifié les neurones et les circuits cérébraux responsables de ces souvenirs d'enfance ravivés par une simple odeur. Marcel Proust l'avait pressenti sans le prouver : une simple odeur peut faire resurgir des souvenirs d'enfance de manière assez troublante. Le phénomène, qui remonte à plus d'un siècle restait, jusqu'ici, sans explication scientifique. Une équipe de chercheurs du CNRS et de l'Inserm, basée à Lyon, vient de percer les mécanismes cérébraux qui rendent ces souvenirs olfactifs si vivaces et si durables. En combinant une enquête menée auprès de centaines de volontaires et un modèle inédit chez la souris, leurs travaux montrent que des neurones formés dès la naissance jouent un rôle décisif dans l'encodage de ces souvenirs, avant de céder progressivement leur place à un tout autre réseau cérébral à mesure que l'on vieillit. C'est tout bonnement passionnant. La science confirme ce que Proust avait deviné sur la mémoire olfactive Avant de mettre les souris au travail, les chercheurs ont d'abord interrogé les humains. 647 volontaires ont été invités à retrouver leur plus ancien souvenir olfactif et à le décrire dans le détail. Les résultats montrent que ces souvenirs sont massivement associés à de la joie et à du plaisir, très loin devant la peur ou le dégoût. Autre enseignement intéressant de cette enquête : ce genre de souvenir ne naît presque jamais d'un événement unique. Pour 73 % des participants, l'odeur fondatrice a été respirée plus de cinq fois durant l'enfance. La répétition semble donc être un ingrédient presque aussi important que le plaisir lui-même dans la fabrication de ces réminiscences olfactives. Les scientifiques ont même vérifié un détail malin, histoire d'éliminer tout biais rétrospectif. En confrontant leurs résultats à une base de données indépendante recensant la valeur hédonique de 146 descripteurs d'odeurs, ils ont constaté que celles citées par les participants obtenaient en moyenne de meilleures notes que celles jamais mentionnées. Autrement dit, on ne romantise pas une odeur après coup simplement parce qu'elle est associée à un joli souvenir. En fait, elle nous plaisait déjà un peu, avant même de devenir un souvenir. Comment les chercheurs ont recréé une enfance heureuse chez la souris Avec ces données, les chercheurs ont reconstitué la scène chez la souris. 272 rongeurs ont défilé au total dans les différentes expériences de l'étude. De jeunes souris ont été exposées, entre le 23e et le 33e jour de leur vie, l'équivalent de l'enfance, à une odeur attractive (un parfum d'agrume, de fleur ou de camphre selon les groupes) dans une cage géante transformée en terrain de jeu. Dedans, on retrouvait des roue, tunnels, échelles, cachettes et céréales à grignoter. Un groupe témoin recevait la même odeur, mais dans une cage ordinaire, sans le décor ludique. Pour vérifier que les souris « en enrichissement » vivaient bien un bon moment, l'équipe a enregistré leurs vocalisations ultrasonores, un indicateur classique de bien-être chez le rongeur. Elles ont été plus nombreuses et plus aiguës chez les souris chouchoutées, signe d'un état émotionnel positif, pendant l'exposition à l'odeur. Devenues adultes, ces souris ont été soumises à deux tests comportementaux classiques en olfaction. Il y a eu un test d'exploration, où l'on chronomètre l'intérêt spontané pour l'odeur, et un test d'habituation, qui mesure la perte d'intérêt au fil de présentations répétées. Sur ces deux plans, les souris choyées enfant ont montré une préférence nette pour l'odeur de leur jeunesse heureuse, contrairement au groupe témoin. Un comportement qui ne s'expliquait ni par la simple familiarité avec l'odeur, ni par l'environnement enrichi pris isolément : seule la combinaison des deux produisait cet attachement durable, encore une vraie signature du souvenir positif. Ces neurones nés à la naissance qui encodent nos souvenirs d'enfance En creusant le cerveau de ces souris, les chercheurs ont mis le doigt sur des neurones très particuliers du bulbe olfactif, nés le tout premier jour de vie de l'animal. Ces cellules s'activaient bien davantage face à l'odeur d'enfance chez les souris « chouchoutées » que chez les témoins, comme si elles portaient une empreinte spécifique de ce vécu précoce. La preuve la plus spectaculaire est venue d'une manipulation optogénétique. En éteignant artificiellement ces neurones avec de la lumière, les scientifiques ont vu la préférence pour l'odeur d'enfance s'effondrer, sans toucher au reste du comportement de l'animal. Ces cellules ne sont donc pas de simples témoins du souvenir, elles sont un rouage indispensable, un peu comme si on retirait une pièce précise d'un puzzle et que l'image entière perdait son sens. En parallèle, l'équipe a passé au crible l'activité de 27 régions cérébrales réparties en quatre grands systèmes (olfactif-limbique, mémoire, récompense et cortex). Chez les jeunes souris, sentir l'odeur d'enfance activait de façon coordonnée le système de la mémoire, avec notamment l'hippocampe et le cortex préfrontal, deux structures classiquement associées à la mémoire autobiographique, tout en renforçant son dialogue avec le circuit de la récompense. Une signature cérébrale qui explique en partie l'intensité émotionnelle si particulière de ces souvenirs précoces. Vers une nouvelle théorie de la mémoire olfactive à long terme Mais l'histoire n'est pas finie. Chez les souris plus âgées, testées six mois après l'enrichissement, ce souvenir olfactif s'effaçait tout simplement... sauf si l'animal était réexposé régulièrement à l'odeur au fil du temps. Un scénario qui colle d'ailleurs avec l'enquête humaine initiale : 82 % des participants disaient recroiser, de temps à autre, l'odeur associée à leur souvenir d'enfance tout au long de leur vie. Chez les souris réexposées, le souvenir persistait donc, mais sans plus mobiliser les neurones nés à la naissance ni même l'hippocampe. Le relais avait été pris par un tout autre réseau, reliant cette fois le bulbe olfactif, le cortex orbitofrontal et le cortex préfrontal. Un basculement qui bouscule au passage une théorie bien établie en neurosciences, la « Multiple Trace Theory », selon laquelle l'hippocampe resterait toujours impliqué dans le rappel d'un souvenir vécu, même très ancien. Publiés le 14 juillet dans la revue PLOS Biology, ces travaux montrent qu'un souvenir d'enfance n'est jamais figé dans le cerveau. Il change littéralement d'adresse avec le temps, glissant d'un réseau à un autre, tout en restant activable par un simple parfum. Les auteurs avancent même une piste plus large, inspirée du concept des « concept cells » identifiées chez l'humain : ces neurones précoces du nez pourraient être la toute première brique d'une mémoire qui, avec les années, deviendrait multisensorielle et abstraite. De quoi donner un tout nouveau sens scientifique à la fameuse madeleine trempée dans le thé de Proust et peut-être, un jour, des pistes pour mieux comprendre comment la mémoire se construit, se transforme, ou se délite avec l'âge.

This is a summary. Read the full article at the original source.

Read full article at clubic