Vacance du pouvoir : Famé Ndongo monte au créneau et parle de « barbarisme juridique »

Le ministre d'État de l'Enseignement supérieur a publié le 21 juillet 2026 une note officielle tonitruante pour balayer les interrogations sur l'absence prolongée de Paul Biya. Une sortie musclée qui en dit autant sur l'état de nervosité du...
Le ministre d'État de l'Enseignement supérieur a publié le 21 juillet 2026 une note officielle tonitruante pour balayer les interrogations sur l'absence prolongée de Paul Biya. Une sortie musclée qui en dit autant sur l'état de nervosité du régime que sur le fond juridique qu'elle prétend défendre. Il fallait que quelqu'un parle. C'est le Pr Jacques Famé Ndongo, ministre d'État de l'Enseignement supérieur et figure tutélaire du système RDPC, qui a choisi de monter au front. Le 21 juillet 2026, sur papier à en-tête officiel du ministère — référence N°260000092/MinEtat/MINESUP/CAB —, il a publié une note en quatre points, au titre sans équivoque : « Halte aux fantasmes. Il n'y a aucune vacance au sommet de l'État. » Un document officiel, estampillé du sceau du ministère, mobilisé pour répondre à ce que le camp présidentiel qualifie de rumeurs. Le fait même qu'un ministre d'État juge nécessaire de rédiger un tel texte dit, à lui seul, l'étendue du malaise qui s'est installé dans l'opinion publique camerounaise depuis le départ de Paul Biya le 7 juin 2026. Sur le fond, Famé Ndongo s'appuie sur un argument juridique réel, quoique incomplet. Aucune disposition légale ou réglementaire camerounaise ne fixe, en effet, de durée maximale pour un séjour présidentiel hors du territoire national. C'est un fait. Et le ministre en tire la conclusion qu'invoquer une vacance du pouvoir relève d'un « barbarisme juridique » — mobilisant même le principe aristotélicien du tiers exclu pour renforcer sa démonstration philosophique. Mais cet argument, aussi techniquement fondé soit-il sur ce point précis, esquive les questions essentielles. L'absence de disposition fixant une durée maximale ne signifie pas que l'absence prolongée d'un chef d'État n'a aucune conséquence institutionnelle. Elle signifie plutôt que le droit camerounais présente un vide — un vide que l'UDC et d'autres acteurs politiques ont précisément identifié et appelé à combler par un « chantier institutionnel ». Famé Ndongo répond à la lettre, pas à l'esprit du débat. Sur la question de l'exercice effectif du pouvoir, le ministre apporte une assurance que rien ne vient étayer concrètement : « Où qu'il se trouve, le Chef de l'exécutif est au travail. Il suit méticuleusement les dossiers que lui soumettent, au quotidien, ses collaborateurs, de visu ou par les moyens électroniques connus de tous. » Des mots. Aucun élément factuel — aucune image, aucune décision présidentielle publique datée, aucune apparition — ne vient illustrer cette affirmation depuis le 7 juin. Les seules traces publiques de l'activité présidentielle sont des messages de félicitations protocolaires publiés sur les réseaux sociaux du cabinet civil — à Emmanuel Macron pour le 14 juillet, au président du Monténégro pour le 13 juillet. Des actes de courtoisie diplomatique dont la production n'exige pas la pleine capacité d'exercice du pouvoir. Ce qui frappe dans la note de Famé Ndongo, au-delà des arguments juridiques, c'est le registre choisi. Le ministre convoque Aristote, Sartre et Voltaire dans un document officiel du gouvernement camerounais pour répondre à des citoyens et à des élus qui posent des questions légitimes sur la continuité de l'État. « L'enfer, c'est les autres », cite-t-il sarcastiquement. « Cultivez votre jardin », répond-il à ceux qui s'interrogent. Cette emphase philosophique, dans un document administratif officiel numéroté, trahit une chose : le régime est nerveux. Quand un système politique solide répond aux questions institutionnelles, il produit des faits. Quand il est fragilisé, il produit de la rhétorique. La note de Famé Ndongo, brillante dans sa forme, appartient résolument à la seconde catégorie. L'homme qui trône à la tête de l'Enseignement supérieur camerounais depuis bientôt vingt-deux ans — lui-même symbole d'une inamovibilité que certains jugent problématique — a choisi de défendre son créateur politique avec les armes qu'il maîtrise le mieux : les mots. Ils ne suffiront pas à répondre à la question que quarante-quatre jours d'absence ont rendue inévitable.
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